Les amateurs d’action effrénée et de courses-poursuites seront déçus : les distingués espions britanniques imaginés par John Le Carré – auteur du roman dont est tiré le film – et mis en scène par Tomas Alfredson ne sont guère portés sur les éclats inutiles. Tout est feutré, d’une infinie lenteur, dans ce thriller redoutable d’intelligence. Le non-dit prime sur la parole, la réflexion sur les échanges de coups de feu, la subtilité sur le tape-à-l’œil, la contemplation et la solitude sur les folles équipées.

Le rythme, excessivement lent, de ce film atypique pourrait en irriter plus d’un. C’est pourtant, pour qui saura s’imprégner de l’atmosphère oppressante et délicieusement dérangeante de ce thriller, un réel plaisir que de se laisser absorber par cette Angleterre sombre et grise, qui semble au bord de l’abîme. L’appréhension et l’inconfort du spectateur, savamment éveillés par des dialogues aussi rares que puissants, ne feront que croître au fil de l’enquête. Bien sûr, l’intrigue est complexe, et l’on se doit d’être attentif, mais c’est avec un véritable ravissement que l’on voit se dérouler devant nous la trame tordue mais géniale de cette ahurissante partie d’échecs. La réalisation soignée de Tomas Alfredson -les images, délavées, sont sublimes – et l’interprétation parfaitement ajustée d’une formidable brochette d’acteurs – Colin Firth et John Hurt -, en tête desquels un Gary Oldman au sommet de son art, contribuent à faire de ce film de genre un véritable petit bijou.

 

Quoi ? La taupe

Qui ? Réalisation : Tomas Alfredson, scénario : Bridget O’Connor &Peter Straughan, d’après John Le Carré

Où ? Cinéma Le Clap