«Il y a des mythes persistants dans notre société, comme celui-ci: la prostitution, est le plus vieux métier du monde. Alors pourquoi ne pas le rendre légal? Bien des gens pensent que la prostitution est un métier comme un autre et en parlent en termes de “travail du sexe”. Les défenseurs de la prostitution vont même jusqu’à invoquer la richesse, le plaisir sexuel et la liberté pour les femmes. La voilà “l’imposture”», explique Ève Lamont. La réalisatrice tente de faire comprendre que dans son film, «la prostitution n’est jamais un choix délibéré, mais la conséquences d’un ensemble de facteurs».

Pendant cinq années de recherche, Ève Lamont a suivi le parcours de plusieurs femmes cherchant à s’échapper de la prostitution. Jamais elle n’avait rencontré de femmes aussi souffrantes. À travers le documentaire L’imposture, la réalisatrice dénonce l’impuissance de ces femmes face à des hommes souvent violents et irrespectueux. Elle déplore qu’il n’existe aucun service social mis à leur disposition au Québec pour les aider à en finir avec l’industrie du sexe. «Elles débutent souvent très jeunes dans le milieu. Ensuite, elles entrent dans un cercle vicieux duquel il est très difficile de se détacher. On estime que 90% des prostituées souhaitent arrêter d’exercer, mais elles ont tout simplement l’impression qu’aucune autre option ne s’offre à elles», raconte Mme Lamont.

L’imposture se concentre sur «l’après prostitution». Le thème y est abordé avec pudeur et humanité. La réalisatrice donne la parole à des femmes qui ne l’ont que trop peu souvent. «Ce film, c’est leur signature. Pour une fois, ce ne sont pas des spécialistes qui parlent en leur nom», soutient-elle. Pendant une heure et demie, nous sommes plongés dans la réalité de leur quotidien. On découvre le courage de ces victimes de la société: leur combat pour quitter l’industrie du sexe, les séquelles profondément ancrées en chacune d’elles et la difficulté de leur reconstruction.
 
Ève Lamont est une camerawoman militante féministe qui croit en un monde meilleur. «Le film est plus positif que la réalité. J’ai voulu transmettre une message d’espoir  à travers ces témoignages. Mon but est de démontrer que même si c’est difficile, sortir de la prostitution est possible avec des thérapies approfondies et du soutien», proclame-t-elle. Le documentaire se termine d’ailleurs sur une message d’espoir: l’interdiction de la prostitution est envisageable, ce n’est pas une fatalité.