Un excellent dramaturge mis en scène par un homme de théâtre pas comme les autres, dans un cadre exceptionnel : L’enfant matière déstabilise mais séduit.

Cyril Schreiber

Photo courtoisie: Louise Leblanc

Après Octobre 70 il y a deux ans, le Théâtre Blanc se réapproprie à nouveau la Caserne Dalhousie de Robert Lepage pour monter une création originale de Larry Tremblay à Québec, une première. À la tête du navire, l’unique Christian Lapointe, qui signe avec L’enfant matière une pièce plus accessible que son Sepsis à Méduse, mais non moins riche et exigeante.

Ici, il est question d’un savant fou, Sing, qui retient en otage un enfant devenu grand, Xou, volé peut-être à ses parents en bas âge. « L’enfant en tant qu’objet ultime de consommation », note Larry Tremblay, dont on retient notamment les chefs-d’œuvre The dragonfly of Chicoutimi et Abraham Lincoln va au théâtre. La pièce « raconte » la déchéance de ce grand malade, et propose une intéressante réflexion sur le thème de la possession.

Court sans être léger, L’enfant matière ne relève pas du théâtre traditionnel. Dès le départ, le spectateur est déstabilisé : les portes de la salle ne s’ouvrent que quelques minutes seulement avant le début de la représentation, et aucun billet n’est distribué. La scène se trouve entre deux gradins, ce qui force un regard forcément subjectif et partiel sur la pièce. Jean Hazel, à la scénographie, a donc su bien utiliser l’espace. Les acteurs, eux, sont déjà à l’œuvre, avant même que les premiers spectateurs ne rentrent.

Christian Lapointe a su magnifiquement bien utiliser le multimédia, mélangeant image et son avec équilibre et pertinence. Dans le rôle de Sing, Hugues Frenette est comme d’habitude magistral, et s’accorde parfaitement avec les deux acteurs qui jouent son cobaye Xou, à savoir Christian Essiambre et Noémie O’Farrell, aussi très bons.

L’enfant matière est donc une expérience théâtrale puissante, forcément imparfaite, qui n’est peut-être pas faite pour tout le monde – quelques rares spectateurs sont d’ailleurs sortis. Mais une fois passée outre la surprise, l’impression qui reste est celle d’avoir assisté à quelque chose d’unique.

Quoi ? L’enfant matière

Qui ? Texte : Larry Tremblay, mise en scène : Christian Lapointe

Où ? Caserne Dalhousie

Quand ? Jusqu’au 28 avril