Une campagne de promotion tout à fait originale a précédé la sortie du disque. Pendant plusieurs semaines, les internautes ont pu visionner une série de capsules sur le Web. Celles-ci mettaient en relief le processus de conception de l'album de façon extrêmement autodérisoire. «J'ai souvent eu de la difficulté à me promouvoir, par timidité et manque de confiance en moi. Plutôt que de subir ça, autant en faire un jeu et m'amuser! Ces capsules sont un outil de promotion et elles deviennent par la même occasion une création artistique. On y trouve de la poésie et de l'humour», mentionne Jérôme Minière.

Ces capsules, où se mélangent sans distinction le vrai et le faux, sont empreintes de cette optique mystérieuse représentative de l'artiste. Pour ses premiers albums, Minière avait fait appel à Herry Kopter, un personnage inventé, tout droit sorti de son imaginaire. «Je le présentais comme étant vrai. Dans le cas des capsules, c'est l'inverse. Je me présente, moi, sous forme fictionnelle, et je sous-entends que la moitié des choses que je dis sont fausses. Je deviens un peu le négatif de Herry Kopter.» Son attachée de presse, Mélanie Brunelle, reconnaît que l'artiste foisonne d'idées. «Il a un univers imaginatif (supradéveloppé).»

Au-delà de la dimension artistique des capsules, il y a cette prise de position par rapport à la crise musicale au Québec. Les artistes doivent davantage se tourner vers le Web. Minière y préconise un système de «gratuité payante», dans lequel Internet devient une médiathèque géante. «Tu paies pour l'accès au portail et tu accèdes aux chansons. Ensuite, il y a un calcul de répartition monétaire selon ce qui a été téléchargé. Moi, je suis très favorable à ça.» Il se surprend toutefois de la réticence générale des gens de l'industrie. Selon lui, il faut profiter de cette crise pour y apporter un vent de renouveau. «Nos lois datent encore de l'époque de la cassette vierge. Ça fait dur en ce moment. Il faut arriver à se mettre d'accord.»

Dans ce contexte, les artistes doivent également se redéfinir. Dans la chanson «Rien à vous dire», Minière fait référence à cette nouvelle tendance qu'ont les groupes de chanter dans la langue de Shakespeare. Selon lui, il n'est pas nécessaire de promouvoir à tout prix une certaine francophonie dans la musique québécoise. «Ce qui me dérange, c'est plutôt l'anglais non maîtrisé. C'est un problème en France. Il y a beaucoup de groupes qui veulent être reconnus et qui chantent dans un anglais épouvantable. Ils feraient mieux de s'abstenir! Mais je n’ai rien contre l'anglais. Pour moi, il faut qu'il y ait une part d'authenticité et que ça raconte quelque chose».

Des histoires, l'artiste en a plein à raconter. Il sera d'ailleurs en spectacle le 11 février au Théâtre Petit Champlain. Il reconnaît timidement que c'est à Québec qu'il a vécu sa «pire expérience de scène à vie», au cours de laquelle il a dû surmonter de nombreux problèmes techniques, de mémoire et de voix. «Je pensais qu'on allait me jeter des tomates!», confie-t-il, un sourire en coin. Il se souvient également de son douloureux passage sur les Plaines d'Abraham. Marc Déry l'avait invité le temps d'une chanson. «J'avais trouvé ça dur. C'est une autre énergie. La scène est énorme, ça résonne, il n'y a pas de contact avec les gens. Les shows d'aréna, ce n’est pas mon truc», mentionne-t-il. Le décor intimiste du TPC concordera donc parfaitement avec les rythmes pop et épurés de son dernier album.