David, écrivain sexagénaire, vit à la fois des ventes – modestes, on s’en doute – de ses publications et de ce qu’il gagne en exécutant de menus travaux de menuiserie, plomberie, peinture, chez des voisins ou des connaissances. David a une femme dans sa vie : Colette. La bonne humeur incarnée, l’élégance même, elle le rend heureux. Mais David en a connu d’autres, dont l’extravagante Yolande. Et David désire nous parler de Yolande, nous raconter comment elle a chamboulé sa vie, le temps de quelques années de douce folie et de douloureuse attente d’appels téléphoniques.

Tout tient là. Dans ce roman, vraiment, tout part de l’histoire. On ne cherche pas – absolument pas – à réinventer la fiction narrative. Le narrateur écrit comme il nous raconterait sa vie, attablé devant un pouding au riz et un café, avec ce que cela comporte de petites digressions, de silences, de longueurs, de pointes d’opinions personnelles et de soupirs mélancoliques.

Évidemment, à décrire le roman comme ça, on croirait pouvoir mourir d’ennui. Mais étrangement, ce rythme lent, cette sorte de langueur et de nostalgie du narrateur, ces réflexions hors-propos, tout cela crée un pacte de lecture d’une telle honnêteté qu’il devient presque idiot de tenter d’y résister. David nous dit : « Écoutez-moi penser ». Tout simplement. Personne ne nous promet l’aventure littéraire du siècle, mais le ton s’avère si franc, si transparent, si naïf, qu’on finit par s’y attacher. L’argument paraît sans doute très subjectif et totalement dénué d’ancrages intellectuels, mais J’attends ton appel est un de ces textes qui privent le lecteur de son cynisme. Voilà tout. Et le narrateur a beau être mou, limite larvaire, dans sa vie comme dans son écriture, on finit par trouver attendrissant son abus de point de suspension. Que voulez-vous.