Outre le désir et la volonté d’écrire un roman depuis un bon moment, l’écriture de La chambre est partie d’une simple anecdote. Il y a trois ans de cela, Simon Lambert est allé enseigner la littérature française en Irlande. Lors d’une soirée qui s’annonçait festive, le jeune enseignant a engagé une conversation avec une jolie fille qui se trouvait dans le bar, sans pour autant être sur le mode flirt.

L’échange allait bon train lorsqu’une de ses amies qu’il qualifie de «femme fatale» (pour qui il n’avait pas d’autre intérêt qu’un développement de fin de soirée) l’a invité à l’accompagner à une autre fête. Sans hésiter et malgré l’insistance de la jeune femme initiale pour qu’il reste avec elle, Simon est parti avec sa connaissance et au bout du compte, il a fini la soirée seul. «À ce moment-là, je n’avais vraiment pas réalisé que j’aurais préféré rester avec la femme initiale. Le vrai désir ne m’a pas suivi, il a suivi une piste qui n’était pas la mienne. Tout ce qui aurait pu en naître aurait été agréable… j’avais le sentiment d’être déconnecté de moi-même», raconte Simon Lambert pour qui cette anecdote est le point de départ d’une série d’autres réflexions qui allaient le guider vers un projet de roman.

À la lecture de La chambre, on entre dans un univers intime. Le personnage semble séquestré dans une chambre plus que miteuse, ayant comme unique issue une pile de feuilles et un crayon. Le roman étant écrit au «je» et le personnage n’ayant pas de nom (il n’est pas mentionné), tout porte à croire que l’histoire est celle de Simon Lambert. «Le personnage est une partie de moi-même: des comportements et des réflexions que j’ai attribués à un personnage un peu caricatural, que j’ai mis dans une situation particulière et étrange», indique l’auteur, qui s’est donc efforcé de décrire le personnage différemment (de lui-même). Le «Simon» de La chambre est névrosé à un tel point qu’il semble délirer tout au long du récit: «C’est un personnage qui ne vit pas les choses. Il ne fait que réfléchir, par peur. Il n’est jamais dans le senti», spécifie l’ancien étudiant.

Par rapport à cela, Simon Lambert indique que son premier roman est en quelque sorte une dénonciation du stoïcisme, une école de pensée qui l’a habitée pendant ses études en philosophie. «Les malheurs arrivent, qu’on le veuille ou non», cite-t-il en illustrant la base de la pensée stoïcienne, se traduisant par l’impassibilité de l’homme devant les événements, qu’ils soient tristes ou heureux. «C’est un refus de rester dans la partie sensible de l’être humain, on reste dans la raison. Sauf que cette attitude-là se répercute aussi sur les attitudes positives», soulève Simon Lambert, admettant avoir pesté contre les lectures de Marc Aurèle et d’Épictète. Sur une base plus littéraire, le diplômé est également un fan d’Albert Camus, de Milan Kundera et de François Mauriac.