L’air constitue l’élément manifeste de Trois paysages de Karine Ledoyen, présenté à la Rotonde. Pourtant, ce qui est manifeste n’est pas toujours le plus important. Tout un rapport entre l’artiste et le public est exposé au cours de cette chorégraphie qui se fait aussi performance.

Louis-Augustin Roy

Courtoisie : David Cannon

Courtoisie : David Cannon

Une personne du public a accepté de renoncer à son droit de spectateur : voir le spectacle. Une caméra devant les yeux dont l’image est projetée sur un mur scénique, Éric tiendra métonymiquement notre rôle.

En trois tableaux et une finale, le public reçoit un véritable message d’amour de la part des danseurs, transmettant celui de Ledoyen.

D’abord, en appréhension progressive du mouvement, puis en une danse symbiotique, la sensualité dans les mouvements, devant Éric, libre de regarder ou non. Tout va pour le mieux.

Puis, lorsqu’on lui bande les yeux, que sa présence hante la scène à pas frankensteinesques, les artistes sont indépendants, en apparence désarticulés les uns des autres si ce n’est quelques « coïncidences ». L’une des danseuses, Sara Harton qui effectuait le solo initial, rejoint Éric et l’enlace pour clore ce segment.

Ensuite, sans la présence directe du « public », un couple dansant est à tout instant prêt à tomber et « s’entre-retient » avant l’effondrement, l’un ne pouvant vivre sans l’autre, comme l’artiste sans public, dans un très beau jeu de contrepoids.

Trois murs de papiers se déplacent selon les passages, encadrent l’action des artistes comme le quatrième mur et au-delà, sur scène avec les autres, les cachent.

Enfin, l’homme-public surgit, un ballon faisant office de visage, et suivent une multitude de bonshommes de papier à tête d’hélium poussés par le vent. Un public vient à notre rencontre, autre public à la fois participant par l’entremise d’Éric et assistant par notre fonction propre. Et nous applaudissons Karine Ledoyen pour son attention double : dans le propos et dans la forme.