Tu te demandes souvent : un écrivain, quessé que ça mange en hiver? Ça mange pas grand chose, sérieux. Mais l’été, ça lit par exemple. Pis ça lit des bonnes affaires à part ça. Voici ce que quatre écrivains québécois te suggèrent de mettre dans ton baluchon d’ici septembre.

Éric Plamondon – Pomme S, Le Quartanier

Le recueil de nouvelles S’abandonner à vivre, de Sylvain Tesson (Gallimard, janvier 2014) me semble parfait pour un été chaud. Car il fait toujours un peu froid dans les nouvelles de Tesson, au sommet d’un pic enneigé, sur le bord d’une fenêtre d’un appartement parisien où dans des bleds perdus de Russie. Un livre qui me fait également mieux comprendre la crise ukrainienne. Et s’il fait toujours trop chaud, dénichez Construire un feu de Jack London, Libretto, 2007 : « Il chassa de son esprit la pensée que ses pieds, son nez et ses pommettes achevaient de geler et, de toute son âme, se consacra aux seules allumettes. » Pour terminer en beauté, revenez à Québec, dans L’été 1995 de Sophie Létourneau, Nova, Le Quartanier, 2013.

S’abandonner à vivre, Sylvain Tesson, Gallimard

Stéphane Dompierre – Fâché Noir, Québec-Amérique

Bon, ça va faire, le niaisage. Cet été, lis des romans québécois. Laisse faire les maudits écrivains français qui écrivent tous le même roman d’un quinquagénaire blasé et qui étirent sur trois pages le fait que leur personnage trouve son nom aussi banal que sa vie. C’EST PLATE. Laisse faire les Américains qui écrivent des polars usinés qui finissent toujours pareils. LE COUPABLE, C’EST LE PÈRE! Tu veux déprimer? Nous aussi, on écrit des livres déprimants! Tu veux des polars? On en fait! L’avantage, c’est que les romans québécois parlent de toi. Ils t’aident à te comprendre, mine de rien, sous le couvert de la fiction. Cet été, tu lis Geneviève Jannelle, Mathieu Arsenault, Martin Michaud, Roxanne Bouchard, Perrine Leblanc. Et, surtout, si tu veux rendre Samuel Archibald jaloux, tu achètes La déesse des mouches à feu, le premier roman de sa blonde, Geneviève Pettersen. Le gars a du talent, mais elle aussi kicke des culs avec son histoire de petites dévergondées.

Pleine de toi, Geneviève Jannelle, VLB

Geneviève Pettersen – La déesse des mouches à feu, Le Quartanier

Ce roman a fait battre mon cœur dès les premières pages et j’y suis revenue souvent cette année. Les sangs, c’est un Barbe bleue où les victimes sont consentantes, un conte horrifique où se mêlent érotisme, romantisme et sauvagerie. Féléor, un riche héritier, collectionne les femmes et les incite au sacrifice. Le roman prend la forme du journal intime de ces sept femmes qui, ayant épousé l’ogre, vont pousser l’amour, la jouissance et la perversité jusque dans la mort. Il y eu d’abord Mercredi, celle qui a tout déclenché et qui, ironiquement, finit par mourir accidentellement sans avoir véritablement connu Féléor. Puis il y aura Marie, Lottä, Phélie, Abigaëlle, Constance et Frida, épouses macabres qui joueront simultanément

les rôles de victimes et bourreaux. Toutes finiront mortes, guidées par une fantasmatique cruelle à laquelle elles ne peuvent échapper. À lire qu’il fasse soleil ou que l’orage gronde.

Les sangs, Audrée Wilhelmy, Leméac

Samuel Archibald – Arvida, le Quartanier

Dans ce polar historique, Theodor Roosevelt fait appel au docteur Laszlo Kreizler afin de traquer un meurtrier qui tue des enfants prostitués à Manhattan, dans le Lower East Side, en 1896. Le modus operandi du tueur laissant les policiers traditionnels complètement dépassés et les bonnes âmes de l’époque outrées, Kreizler, un psychiatre aux méthodes révolutionnaires, se fait profileur criminel avant l’heure et s’entoure d’une équipe de choc qui comprend Sara Howard, la première femme policière des États-Unis, et les frères Isaacson, pionniers de la balistique et de l’étude des empreintes digitales. C’est un peu comme Le silence des agneaux au XIXe siècle, ou CSI rencontre Charles Dickens. C’est un livre brillant que je relis aux cinq ans, à peu près, avec sa suite L’ange des ténèbres, dans laquelle Kreizler doit affronter encore une fois un adversaire redoutable, et les préjugés de son époque, en suivant la piste d’une criminelle infanticide acoquinée à des gangsters.

L’Aliéniste, Caleb Carr, Pocket