Pour ouvrir sa saison 2014-2015, le Théâtre de la Bordée a choisi de présenter la pièce Les fées ont soif, écrite par Denise Boucher et mise en scène par Alexandre Fecteau. Cette pièce révolutionnaire qui avait provoqué une vive polémique en 1978 sera présentée jusqu’au 11 octobre.

La pièce féministe raconte le parcours de trois femmes qui se sentent prises au piège dans leur carcan social et qui rêvent de liberté. Il y a Marie, la mère de famille malheureuse, Madeleine, la putain qui n’en peut plus de se faire mépriser par les hommes et le personnage de la Statut, la vierge qui n’est pourtant pas une sainte. Ces personnages, incarnés respectivement par Lise Castongay, Lorraine Côté et Marie-Ginette Guay, racontent et dénoncent les stéréotypes auxquels les femmes sont soumises.

Bien que la pièce ait été écrite dans la fin des années 1970 et qu’elle soit influencée par le contexte social de cette époque, le brillant metteur en scène Alexandre Fecteau a réussi à adapter la pièce au goût du jour. Grâce à la diffusion de vidéos virales du web, dont les clips de Miley Cyrus et Nicky Minaj, et de textes de Rabii Rammal (Urbania), on comprend que le sujet de la liberté des femmes est toujours actuel et qu’après tout, la lutte féministe n’est peut être pas tout à fait terminée.

Malgré cette actualisation, Alexandre Fecteau, qui s’est vu remettre le Prix John-Hirsch du Conseil des arts du Canada avant la représentation, n’a pas voulu qu’on oublie la révolte qu’avait engendré la pièce près de 40 ans plus tôt. La représentation est introduite par une vidéo rappelant les évènements et les manifestations qui avaient suivi la présentation de la pièce au Théâtre du Nouveau Monde (TNM) en 1978.

Autrefois mise en scène par Jean-Luc Bastien, la pièce avait été lourdement critiquée et censurée par le Conseil des arts de la région métropolitaine de Montréal et par le milieu catholique conservateur. Ceux-ci avait coupé toutes les subventions accordées au TNM et avaient même tenté, sans succès, d’interdire la présentation de la pièce. Ils réussirent tout de même à obtenir une injonction de la Cour pour interdire toute diffusion du texte. Plus de 2000 personnes s’étaient alors mobilisées en signant la pétition « au nom de la liberté d’expression, du droit à l’existence de la culture québécoise et du droit des femmes à l’écriture », pour reprendre les mots de Denise Boucher.

Les fées ont soif est une pièce brillante et porteuse d’un lourd message. Présentée tout en humour et en poésie, égayée par des projections multimédia et par des interactions entre les personnages et le public, elle est un incontournable de la culture québécoise.