Ce n’est pas pour leurs beaux yeux qu’Hoffman et Phoenix ont conjointement gagné le prix d’interprétation masculine à Venise : ils sont forts. Très forts.  

Louis-Augustin Roy

Courtoisie - Les Films Séville

C’est une chance car le scénario et la cinématographie ( elle récompensée du Lion d’argent ) de

 de Paul Thomas Anderson sont surtout portés par et pour eux deux; ils convoquent les thèmes et la signifiance. Entre l’alcoolique et violent Freddie Quell et le gourou bon vivant Lancaster Dodd, homme « rationnel », autodidacte, la relation sera immédiatement sous tension, dans l’appréciation, dans la vérité – dont cette scène mémorable du « process » quasi-dianétique où Quell se fait extraire par Dodd les mauvaises histoires du passé comme il se ferait arracher une dent à froid –, dans la haine et dans l’indifférence.

Leurs rapports font plus pour la progression du film que les événements. Par exemple, cette arrestation dont on connaîtra le minimum des implications pour « The Cause », sinon qu’il y a une fêlure entre ces hommes et que si elle est irréparable, c’est peut-être qu’ils ne voient en l’autre que les qualités qu’ils s’imaginent posséder; tant qu’ils ne peuvent voir qu’au final, on ne change pas, ni par la secte ou la « dianétique », ni par l’alcool ou la violence. On s’apaise, sans plus.

Il y a une lenteur à exprimer et une retenue chez PTA qui n’est pas des moeurs présentes. Il développe délicatement son film, cependant sous une musique de Jonny Greenwood qui, même bonne, leste trop d’images. Autant il plonge dans le cinéma américain classique, autant il se plaît, ici comme dans ses deux derniers films, à casser quelques moules hollywoodiens. Autant de raisons, bonnes – avec Hoffman et Phoenix – ou mauvaises, de voir ou de ne pas voir The Master.