C’est devant une salle comble que Sextett, de Rémi de Vos, marquait le coup d’envoi de la saison d’hiver des Treize. Dans le Théâtre de poche régnait une ambiance chaude, oscillant entre malaise et fantasme.

Revenu dans la maison de sa mère, morte le jour même, Simon, un homme d’affaires moyen, sera harcelé par cinq femmes.  Elles veulent toutes coucher avec lui. Tantôt les voisines viennent lui chanter la pomme avec un lead de Schubert, puis une ancienne maîtresse essaie de l’émoustiller avec une danse aguichante. À chaque scène, une occasion de fricoter.  En étau entre le deuil et l’envie, le pauvre Simon ne sait plus où donner de la tête et ses tentatrices finiront par le forcer à confronter les démons de son enfance.
 
 Dans sa mise en scène, Philippe Savard voulait explorer l’univers absurde de Sextett (qui rappelle la phase plus légère de David Lynch). «On ne sait jamais si on est dans la réalité ou dans le rêve», explique-t-il. «Le public ne peut que se demander : ‘‘quel est cet univers?’’.» En effet, les spectateurs ont tout de suite adhéré à l’humour absurde de Rémi de Vos; les réactions étaient constantes du début à la fin.
Conscients que d’aborder la sexualité aussi directement n’est pas facile, les comédiens étaient fébriles à l’idée de présenter la pièce. «Au-delà de nos attentes!», ont-ils pourtant affirmé par rapport au retour qu’ils ont eu du public après la pièce, le mercredi 16 février dernier.

Une approche délicate

Bien qu’abordé à chaque minute du spectacle d’une heure et quart, le sexe ne verse jamais dans le vulgaire.  Il n’y a qu’un baiser dans toute la pièce et c’est «le seul qui était nécessaire dans ma mise en scène», assure Philippe Savard.
Les comédiens traitent la chose avec classe et assurance, ce qui fait presque oublier que le sujet peut être perçu comme tabou.  Celui qui signe avec Sextett sa quatrième mise en scène pour la troupe des Treize dit avoir fait confiance à ses acteurs. «Je n’ai pas poussé, j’ai demandé le minimum et c’est dans le plaisir de jouer qu’ils ont graduellement pris ampleur et aisance pour arriver à ce résultat», ajoute le metteur en scène.

Comme par magie

Delphine Quenneville, présidente de la troupe de théâtre Les Treize, affirme que son comité n’a pas spécifiquement cherché à créer de fil conducteur dans la programmation de la saison hivernale. 
Malgré tout, on sait déjà que les deux prochaines productions (Kaamelott de Maude Bégin-Robitaille et Le Balcon de Jean Genest) évoqueront les plaisirs charnels.
Avec Adieu Beauté de François Archambault suivi des Mille et une nuits de Jean-Pierre Ronfard, pour clôturer la saison, on risque encore d’y toucher. C’est comme si un fil conducteur s’était créé par magie. Cet hiver, les Treize sont en chaleur!

Crédit photo : Dider Ouellet