Sam
François Blais
L’instant même

Tomber amoureux d’une inconnue dont on ne connaît que la prose franche et un brin acidulée. Lire un journal intime une centaine de fois comme on analyse une preuve en laboratoire dans l’espoir de trouver qui se cache sous les astérisques. C’est ce que propose François Blais dans Sam, son huitième roman.

En flânant aux Artisans de la Paix, le narrateur ne s’attend pas à tomber sur une boîte de livres contenant le journal de Marie Bashkirtseff, une de ses œuvres fétiches. Encore moins à trouver dans le fond de cette boîte le journal de Sam, surnom qu’il donne à la diariste. Le charme s’opère lors des multiples lectures qu’il fait de la malheureuse centaine de pages. La plume de Sam le séduit avec son savant mélange de sacres, d’expressions savoureuses et de références littéraires. L’enchantement se renforce avec la façon dont la trentenaire s’émerveille devant des détails infimes (« j’étais là, live, quand LCN a ajusté son volume ») ou avec ses réflexions décapantes (« une compétition de vins canadiens, c’est un peu l’équivalent des Olympiques spéciaux »). Entiché jusqu’à la moelle, le narrateur entreprend de retrouver Sam coûte que coûte. La méthode d’enquête du policier en herbe est simplissime : relire ad nauseam les entrées du journal, les commenter au fil de ses recherches et suivre les indices à la lettre. Le pèlerin, armé de plus de patience qu’un moine tibétain, roulera donc de Saint-Sévère à Parent en Haute-Mauricie en passant par Limoilou et ses environs pour retrouver la trace de la femme de sa vie, si toutefois pareille chose est possible.

Dans son journal, Sam cultive le quotidien et transforme l’anecdote en épopée grâce à une écriture sans tambour ni trompette. Et nous, on la suit volontiers dans le dédale de ses petits riens en n’attendant rien de plus que le divertissement über-réaliste auquel on fait tôt de s’accrocher, parce que ça décoiffe et que ça nous tire dès les premières pages. Le narrateur ne se fait jamais oublier et ses commentaires tempèrent la scribomania de l’inconnue. Quand l’enquête avance, on est rivé à notre siège et quand elle stagne, on se laisse couler dans le quotidien de S***. Le dénouement se fait attendre comme le printemps ces jours-ci, mais le coup de grâce arrive finalement et nous laisse pantois tellement elle est bien ficelée et déconcertante.

On ne reproche à François Blais que les longueurs, qui sont rares, avouons-le. Kudo pour le ton dynamique de la diariste qui réussit le tour de force de rendre captivants un séjour aux urgences ou une promenade à Louiseville. La lecture terminée, on s’avoue vaincu, car nous aussi, on est aussi tombé sous le charme de Sam et aussi, soyons franche, de François Blais.