Paru en mars dernier aux éditions Hashtag, Préparation au combat raconte, d’un ton léger, les petites et les grandes tragédies quotidiennes d’une fresque de personnages.

Par Jessica Dufour,  journaliste collaboratrice 

Dans une tentative de dépeindre la complexité des relations humaines, le recueil de huit textes aborde les thèmes de l’exil et de la résistance. S’y mêlent malaise et révolte, sexe et violence. Il met en scène des personnages nombreux, éclatés, souvent saouls et menés par un puissant désir de s’émanciper. Des adolescents en rébellion ou des adultes révoltés s’opposent farouchement aux conventions, aux idéologies adverses et à ceux qui leur font du mal. Ils sont d’origines mixte, italienne ou québécoise. Une pluralité de personnages qui évoluent dans un décor réaliste, mais dont les aventures prennent des tournures presque surréalistes.

L’écriture est déroutante tant sur le plan du fond que de la forme. Rédigé dans un style accessible et parfois cru, ce livre nécessite une lecture active si l’on ne veut pas se perdre dans le brouhaha des villes, des fêtes et des violences. Le récit se constitue d’une succession d’actions dont il est parfois impossible de suivre le fil tant le rythme est changeant. Surgissent, au détour d’une phrase, des personnages secondaires dont on ne sait à peu près rien sinon leur nom, qui s’en vont et qui viennent toujours avec la même soudaineté. Ils évoluent dans un contexte détaillé de façon inégale qui laisse place à l’interprétation. On nomme leurs émotions, leurs convictions et leurs pensées sans trop s’y attarder. Ce sont les lieux et l’action qui dominent le récit.

Le livre est identifié comme un recueil de nouvelles. Or, il semble plutôt osciller entre nouvelles, récits et poésie. Mais puisqu’il leur faut catégoriser ce qu’ils publient, les éditeurs devaient trancher. Les textes Vacances italiennes et La Prochaine fuite, par exemple, inspirent davantage le récit que la nouvelle, puisqu’ils sont datés, que le narrateur s’appelle Mattia et qu’il s’exprime au « je ». Ces histoires sont en effet racontées comme des souvenirs dont les détails ont l’air ancrés dans le réel. Dans presque tous les textes s’insèrent des passages de prose poétique. Ces moments lyriques et évocateurs transportent le lecteur au lieu de lui dire ce qui se passe de façon factuelle, coupant ainsi avec le style plutôt direct qu’on s’est habitué à lire.

L’intérêt de ce livre hybride, où se mêlent les genres littéraires et humains, réside surtout dans sa valeur expérimentale. La démarche est originale : raconter de manière différente, en préférant la dimension physique, le mouvement sous tous ses angles. Mais c’est une lecture pleine d’incertitude dont on ne sort pas tout à fait indemne. Subsistent des fragments de l’intrigue et l’impression vive d’un malaise, d’une course effrénée vers un bonheur dont on n’arrive pas à saisir l’essence. Un portrait plutôt juste de la société actuelle qui tente de se réaliser malgré un contexte de bouleversements politiques et climatiques.

Mattia Scarpulla est doctorant et chargé de cours à l’Université Laval. Il est également directeur littéraire du Crachoir de Flaubert et éditeur adjoint des éditions Hashtag. Bénéficiant d’un parcours en danse, il donne des ateliers d’écriture où la dimension corporelle est mise en valeur.