Le dernier roman de François Blais, Document 1, vient de paraître chez L’instant même. Les habitués de cette écriture construite d’ironie, de quolibets et de remarques assassines voudront savoir ce qu’il en retourne. Sont-ce encore des personnages pétris d’autodérision dont il est question ? Va-t-on encore assister à la non-quête pathétique d’épaves sociales en puissance ? Oui, évidemment.

David Bélanger

À raison d’un livre par année depuis six ans, la métamorphose de l’écriture de François Blais aurait eu quelque chose d’étonnant. Impact campus a rencontré l’auteur, pour un panorama d’un début de carrière discret mais prolifique.

La manière de l’écrivain est toute en modestie. Chacune de nos questions trouve pour réponse, d’abord, un haussement d’épaule amusé. Interrogé sur son étonnant rythme de publication, il s’excuse presque : « C’est long avant de publier. T’as le temps d’accumuler du texte. Et puis, quand t’écris régulièrement comme moi, ça s’accumule de plus en plus. Zola, il a quand même écrit ses Rougon-Macquart sur vingt ans. Chaque matin, il écrivait mille mots. Moi, je ne suis pas si pire, chaque matin, j’en écris juste 500. »

Ainsi, la méthode de François Blais a plus à voir avec la comptabilité que l’écoute attentive de la muse ou l’attente béate de l’inspiration : « J’écris par quotas. Je fonctionne comme ça. Je regarde toujours mes statistiques. Ça m’encourage ».

Sur tout le vitriol contre la société, le monde littéraire, la poésie contemporaine qu’on décèle dans ses romans, l’auteur reste encore prosaïque : « La poésie contemporaine, c’est pas ma tasse de thé. Mes personnages le font sentir. Mais je ne pars pas en croisade. »

Idem pour ces romanciers trentenaires qui écrivent sur leurs peines d’amour ou le système des bourses en arts tourné en ridicule dans Document 1 : « Non, les bourses c’est génial ! lance-t-il. La seule chose que je dénoncerais c’est la complaisance de la critique dans le milieu littéraire québécois. Je ne sais pas si c’est normal que Vie d’Anne-Sophie Bonenfant ait été à une étoile de la note parfaite. À une étoile de Madame Bovary. C’est bizarre. » Et dans le même souffle, au sujet de ses influences il répond, on ne peut plus modeste : «  Je lis Proust, j’adore ses digressions. Mais je ne dirais pas que c’est mon influence. En fait, je n’oserais même pas être dans la même phrase que lui. »

Ainsi va l’écriture de François Blais. Ses romans tentent de raconter « même s’il ne se passe rien », il essaie de garder le fil mais toujours il bifurque dans la digression « parce que c’est comme ça que ça sort ». Et un dernier haussement d’épaules. La rencontre prend fin et ne nous reste qu’une seule impression, celle d’un écrivain qui érige une œuvre sans se poser de question, et qu’il serait bien inutile d’agacer avec nos curiosités littéraires.

Crédit photo : Valère Sabatier