La Bordée présente jusqu’au 21 mai Made in Beautiful (la belle province), pièce d’amours et de tumultes qui rassemble dans un même décor une dizaine de comédien.ne.s talentueux.se.s. Cette pièce révèle un casse-tête temporel d’événements politiques et familiaux qui ponctuent la vie de personnages qui nous ressemblent. On y jongle allègrement avec les opinions divergentes, les controverses et les maladresses, sous les rires et les pleurs du public.

Production : La Bordée et Théâtre Kata | Texte et mise en scène : Olivier Arteau | Assistance à la mise en scène : Blanche Gionet-Lavigne | Dramaturgie : Sara Dion | Distribution : Mustapha Aramis, Lé Aubin, Marie-Josée Bastien, David Bouchard, Ariel Charest, Lucie M. Constantineau, Raymonde Gagnier, Marc-Antoine Marceau, Vincent Roy, Nathalie Séguin, Réjean Vallée

Par Sabrina Boulanger, journaliste multimédia

Les premières minutes sont déroutantes avec pour décor un immense duo de salière et poivrière, une part énorme de pain de viande, et des costumes cheap d’insecte et de patineuse artistique. On comprend rapidement le contexte halloweenesque, dans lequel seront bousculées de brèves scènes de vie qui passent du coq à l’âne, d’un tabou à un autre, de manière choquante parfois entre personnages, parfois en nous-même. 

La grande force de Made in Beautiful (la belle province) réside dans sa capacité à exprimer la complexité des liens familiaux. Olivier Arteau a délicatement peint le portrait d’une famille on ne peut plus banale dont les membres évoluent dans le temps. On la visite de manière cyclique, à l’Halloween, au gré des aléas qui ont touché les Québécois – référendums, victoires des Canadiens, gros lot Loto-Québec des Lavigueur – et des drames familiaux. Les spectateurs assistent au vieillissement des personnages, qui s’éloignent les uns des autres dans leur vie respective, retenus ensemble une poignée de fois par année par les liens familiaux qui se fragilisent et se renforcent à la fois. On s’attache ainsi la matante nounoune et authentique (la soeur de Linda, interprétée par Ariel Charest), la mère stressée qui soude ensemble la famille en entier (Linda, interprétée par Marie-Josée Bastien), la grand-mère qui aime la vie et qui se meurt (interprétée par Raymonde Gagnier), la fille féministe insatisfaite (la fille de Linda, interprétée par Nathalie Séguin). 

Les enjeux des dernières décennies qui ont nourri des conversations houleuses dans tous les foyers québécois ont été habilement représentés sur scène, contribuant à une réflexion sur nous-même au sein de notre propre famille. Peut-être est-ce que ç’a fait naître un brin d’humilité ou de reconnaissance chez quelques spectateurs – j’en ai pour ma part été happée. Arteau fait adroitement naître des fous rires et des larmes, et les comédien.ne.s les interprètent avec sensibilité frappante.

Made in Beautiful (la belle province) porte un regard doux, mais tranchant sur la société et amène une réflexion sur l’importance de la famille. Les algorithmes dissimulant les opinions différentes des nôtres, il peut être intéressant de garder le dialogue ouvert avec une parenté aux idéaux variés. Arteau n’a pas de réponse magique à nous proposer pour régler les querelles familiales, il n’y a pas les méchants d’un bord et les wokes de l’autre, mais on sent dans son texte que la l’écoute et l’empathie sont peut-être des pistes à explorer. Magnifique pièce exécutée avec beaucoup de talent, que je recommande vivement!

© Crédit photo : Vincent Champoux