Herman Wallace, Afro-Américain d’origine, a passé plus de trente ans à Angola dans un pénitencier d’État de la Louisiane, dans une cellule de 6 par 9 pieds. Ce pénitencier est réputé pour son système basé sur le profit, sa structure patriarcale et sa tendance à la fétichisation de la punition.

Vingt-trois heures par jour dans une pièce plus petite que la salle de bain de ton appartement.

Jackie Sumell, une Afro-américaine et, comme Wallace, de la ville de New Orléans, entre en contact avec le détenu en 2001. Elle entame, dès 2003, un projet relationnel épistolaire et évolutif basé sur une interrogation simple : quelle serait la maison de rêves de Wallace? De quelqu’un vivant dans ces conditions, dans ce repli sur soi. Dans l’obscurité.

C’est ainsi qu’Herman’s House est né.

Le projet sera exploré à travers plusieurs médiums : un livre, un site Web interactif, un film documentaire et, dans le cas qui nous intéresse ici, une exposition. En fait, l’artiste tente par tous les moyens possibles de faire connaître son projet internationalement.

Il faut comprendre qu’il ne s’agit pas seulement d’un projet architectural. Sumell tente, par le biais de l’art conceptuel, de stimuler la compassion et de proposer l’idée de l’abolition des milieux carcéraux. C’est l’exposition d’une idée, d’abord, et d’une histoire qui a bouleversé sa vie.

À notre entrée dans la salle, elle nous semble vide. Des plans de maison sur un mur, une réplique, grandeur nature, d’une minuscule cellule de prison, un plan de celle-ci. Un film d’animation est projeté, et une voix qui semble narrer un quelconque récit nous déconcentre lors de la lecture d’une unique affiche explicative. Quelques autres artéfacts : lettres provenant de l’échange entre les deux protagonistes, une maquette de maison.

On se demande à quoi ça rime, tout ça. Alors on s’installe devant le film, un peu grognon. Sumell a réalisé en quelque sorte une visite guidée détaillée, pièce par pièce, de cette fameuse maison. La maison d’Herman prévoit des provisions de toutes sortes (munitions, eau, nourriture, combustibles), surchargée d’objets de luxe parfois farfelus côtoyant divers dispositifs de sécurité.

La protection, en premier lieu, puis ce qui frappe ensuite, l’espace. L’immensité entre les murs. Beaucoup de fenêtres, de la lumière, encore de la lumière. Une vue sur l’extérieur, d’ailleurs parsemé de jardins et de fleurs, et une cour arrière surplombée d’une immense piscine. Une ouverture timide sur le monde.

Puis on perd notre air renfrogné. On comprend, petit à petit. On saisit l’humanité, la compassion, la complicité. Le rêve.

Un homme qui passerait trente ans enfermé dans des conditions déplorables verrait sa liberté brimée par la peur. Sa maison de rêve est une forteresse de lumière.

Jackie fera construire la demeure avec l’aide de diverses donations. Elle souhaite en faire un lieu accueillant et de renouveau, propice aux échanges d’idées, à l’art et à l’activisme. Elle l’a promis à Herman.

L’histoire raconte que Herman Wallace aurait été incriminé à tort. L’exposition n’en mentionne rien, et si l’artiste a choisi d’aborder le sujet de cette façon, c’est parce que ce n’est pas important. Chaque être humain a droit à la dignité.

Quoi? Herman’s House
Qui? Jackie Sumell (New Orleans)
Où? Galerie des arts visuels de l’Université Laval
Quand? Jusqu’au 20 avril 2014