Pour sa dernière pièce de la saison, le Théâtre du Trident fait preuve d’audace avec l’adaptation théâtrale de L’odyssée d’Homère. En résulte une grosse production qui ne convainc pas entièrement.

Cyril Schreiber

Photo: courtoisie, Vincent Champoux

L’histoire est connue, a même pris la forme d’un symbole mythologique : Ulysse, roi d’Ithaque, tente de revenir au pays après un exil de 20 ans, pendant que sa femme, Pénélope, tisse pour passer le temps, et que son fils, Télémaque, repousse les conquérants de sa mère.

C’est Dominic Champagne et Alexis Martin qui se sont chargés d’adapter ce texte-fleuve de plus de 12 000 vers en une pièce de 2h30 : se concentrant sur l’essentiel, ils ont évidemment placé Ulysse au cœur de l’histoire. Malheureusement, un trop grand écart entre la première et la deuxième partie provoque un déséquilibre. Si, avant l’entracte, Ulysse et ses compagnons rencontrent à la chaîne personnages et divinités dans un rythme essoufflant, la seconde portion se focalise sur la reconquête du royaume d’Ithaque par cette figure forte et inspirante. L’ajour d’une narratrice, ici la mère d’Ulysse, a beau faire le lien entre les scènes, elle n’apporte qu’un didactisme sans doute nécessaire, mais qui devient rapidement lassant.

Martin Genest, qui signe la mise en scène, s’est notamment inspiré du bédéiste Enki Bilal pour placer cette histoire dans une dystopie à l’atmosphère guerrière. Il a eu la bonne idée de faire appel à Marie-Renée Bourget Harvey, conceptrice du décor, dont le travail tourne autour de deux éléments principaux : un plancher de bois et un filet, souvent bien utilisé pour représenter autant une voile de navire que la porte des enfers. Si on a connu Genest plus imaginatif, force est d’admettre que le contrat, dans l’ensemble, est rempli, notamment grâce à une solide distribution avec à sa tête un Christian Michaud convaincant en Ulysse. Il est cependant étrange de voir les mêmes acteurs jouer à la fois ses compagnons de voyage et ses adversaires…

 

Quelques bonnes réflexions parsèment la pièce, notamment sur la notion de mémoire. Il y a aussi bien sûr quelque chose de fascinant dans cet exil, ce voyage qui devient la véritable maison d’Ulysse. Plusieurs mythes, encore actuels, se retrouvent dans ce texte fondateur, et avec raison. Mais L’odyssée, à l’épilogue un peu sèche, souffre d’une certaine lourdeur dans cette adaptation théâtrale, et certaines scènes, peu subtiles et peut-être mal représentées, risquent de frôler le ridicule aux yeux de certains spectateurs. À ceux-ci de faire la part des choses, d’en prendre et d’en laisser.

Quoi ? L’odyssée

Qui ? D’après Homère, adaptation de Dominic Champagne et Alexis Martin, mise en scène : Martin Genest

Où ? Théâtre du Trident/Salle Octave-Crémazie du Grand Théâtre de Québec

Quand ? Jusqu’au 12 mai