Dans Manifeste de la Jeune-fille présenté au Périscope jusqu’au 20 octobre, Olivier Choinière bouscule les codes, plonge le spectateur dans un flot infini de slogans, de nouveaux régimes, de nouvelles tendances, des prises de conscience écologique, éthique, responsable, équilibrée, jusqu’à la surconsommation désabusée qui, chaque fois, nous font suivre une mode trop connectée, superficielle.

en collaboration avec la troupe de théâtre Les Treize

Photo: Courtoisie – Valérie Remise

Le prêt-à-porter de la pensée

La jeune fille est jeune, vieille, femme, homme, vieux, jeune. Les sept jeunes filles montent sur les marches du podium, brandissent leur « ça va ? » comme un slogan provocateur qu’elles tendent au public. Quel mode de vie équilibré viendra rythmer leurs journées? Chaque nouvelle révolte est l’occasion parfaite pour renouveler sa garde-robe. Toutes les idéologies passent par un jugement intolérant, déstabilisateur. Les écolos, zéros déchets ne résisteront pas, puisque chaque fois, leur discours est remis en cause, percuté, bousculé par des interrogations sans fin. Le capitalisme s’infiltre, il est ravageur.  

Olivier Choinière pointe l’incohérence du discours public, l’instabilité politique, la société du paraître. Le spectateur est immergé dans un décor de boutique de prêt-à-porter où défilent autant d’idées que de tenues. L’écran s’allume, surgissent des slogans trop familiers, “Faire l’amour ça fait maigrir”, autant d’images de surconsommation que de healthy style. Aucune idéologie ne tient la route selon le metteur en scène, pas même les plus éthiques et responsables puisqu’elles se feront tôt ou tard envahir par le capitalisme, qui fera de chaque idée, une idée à acheter, à consommer.  

La désillusion du spectacle

Choinière ne fait pas du Manifeste de la Jeune-fille, une ode au spectacle vivant, au théâtre, le seul lieu où il serait encore possible d’affirmer son discours, ses pensées politiques, culturelles, sociales. Les comédiens sont stars et exposent l’apologie de l’art jusqu’à l’ironie, maintenant nos illusions. Ils rejoignent enfin leurs places réservées auprès du public et dénoncent le marketing, le théâtre comme objet consumériste. La pièce s’achève et le spectateur se retrouve ici, consommateur, face à une scène vide d’acteurs – est-elle vide de sens? Olivier Choinière dénonce un phénomène social monstrueux mais le spectateur aliéné, ne trouve pourtant pas de réponses à cette accumulation de remises en cause. Que penser de cette représentation? Le spectateur pourra alors lire les critiques comme il lirait les étiquettes de son nouveau produit acheté en supermarché.