Après avoir trahi son peuple, tué son frère et quitté sa terre natale par amour pour Jason, Médée se voit elle-même trompée par son grand amour alors que ce dernier épouse une princesse de Corinthe. C’est dans ce paysage d’exil et de trahison que se déchire Médée, rongée par la colère et torturée par la honte. Son conflit intérieur se déploie devant les yeux du spectateur, jusqu’à faire naître le stratagème de sa cruelle vengeance, pour laquelle elle tuera ses deux enfants.

Figure plus grande que nature aux passions tout aussi démesurées, la Médée qu’incarne la talentueuse Linda Laplante est sombre, mystérieuse, mais aussi criante de sincérité. Octroyant coffre et  puissance au personnage, la comédienne nous offre une performance efficace, malgré quelques mimiques un peu trop tragiques. Parmi une distribution aux talents inégaux, Hugues Frenette tire aussi bien son épingle du jeu, chaussant les bottes d’un Jason ridiculisé et maladroit. Il faut toutefois prendre quelques instants pour s’adapter au niveau de jeu grave et rigide qui se colle à la tragédie, un style plus descriptif où l’on nomme ses émotions davantage qu’on ne les montre sur scène. À cela se greffe la touche personnelle d’Aramburo, lorsqu’au fil du texte s’insèrent quelques répliques hispanophones, un ajout prêtant une belle musicalité aux mots de Marie Cardinal, mais dont la pertinence est discutable.

Un chœur de femmes, faisant écho au trouble qui règne dans l’esprit de Médée, habite le magnifique décor de Jean Hazel. Palais contemporain aux allures austères, il ouvre une fenêtre sur l’unique pièce presque vide où se déroule l’action, symbolisant la solitude de l’héroïne. Seul un pavé rocailleux, essentiellement décoratif, orne l’avant-scène et brise l’ensemble par son réalisme.

Avec La Médée d’Euripide, le Théâtre du Trident nous offre une occasion de redécouvrir une femme à la fois vieille comme le monde et on ne peut plus actuelle. Une femme qui ose se lever et s’indigner de sa situation, une icône féministe pour les petits comme les grands conflits de ce monde. Le drame de Médée, même s’il semble monstrueux, prend forme chaque jour dans nos journaux et nos bulletins de nouvelles. Comme l’explique Diego Aramburo, l’objectif de montrer un crime si horrible sur scène est d’« être capable de comprendre ce qu'il y a derrière le geste, et non voir seulement l'obscurité de ces actions ». Voilà le mandat de la Médée. Voilà le mandat du théâtre.

 

Quoi ? La Médée d’Euripide

Qui ? Texte : Marie Cardinal, mise en scène : Diego Aramburo

Où ?Théâtre du Trident (salle Octave-Crémazie du Grand Théâtre de Québec)

Quand ?Jusqu’au 26 novembre