Qu’ont en commun une cais­sière de banque, un détec­tive de police, une mathémati­cienne chevronnée, un chauffeur d’autobus et encore neuf autres personnes aux professions variées ? Rien, sauf peut-être qu’ils sont tous victimes d’un vol étrange à la British Bank of North America. Le cambrioleur, affublé d’un drôle de chapeau mauve mais en rien menaçant, ne réclame aucun argent. Tou­tefois, il insiste pour que chacun d’eux lui remette l’objet le plus précieux qu’il a en sa possession. On lui donne donc photos, clés, calculatrice, bague de fiançailles. Une fois sa récolte terminée, le voleur s’explique : «J’ai décou­vert que la vaste majorité d’entre vous croyez que votre âme re­pose dans votre for intérieur comme un lingot d’or. Je suis ici pour vous annoncer que rien ne saurait être plus erroné.» Puis, avant de partir, il prend le temps de les avertir : «En sortant d’ici, je vais emporter 51 % de votre âme avec moi. Cela va se traduire par d’étranges conséquences dans vos vies. Mais voici le plus im­portant et il ne s’agit pas d’une métaphore : apprenez à faire repousser votre âme, ou vous mourrez.» Dès le lendemain, une pluie de phénomènes étranges s’abat sur ces douze victimes.

Le sympathique Minuscule d’Andrew Kaufman s’ouvre tout grand sur les possibilités de l’imaginaire. Blotti entre ces 120 pages, l’impossible prend vie sans gêne. Avec la dérive amoureuse du narrateur et de sa femme qui rétrécit à vue d’oeil, ce conte moderne nous pousse à jeter un regard nouveau sur les malheurs du quotidien. Sau­poudré d’illustrations qui font rêver et traduit par le talentueux Nicolas Dickner, Minuscule est un petit bouquin qui saura plaire à tous les lecteurs qui voudront bien se laisser prendre au jeu. Il faut vous prévenir toutefois, ce livre est contagieux et il est dif­ficile de le lâcher. Vous ne per­drez pas votre âme pour autant. Même, elle risque de s’alléger au fil des pages et à la fin, il ne vous restera plus qu’une incontrôlable envie de sourire.

Jessica Pineau