Le début de l’année 2018 au théâtre de la Bordée s’amorce tout en beauté et en lumière avec la présentation d’une pièce longtemps attendue, Mme G., coproduite par la compagnie On a tué la une! . Présentée jusqu’au 10 février prochain, la création saura ravir et émouvoir un large public en raison des performances solides des acteurs, des dialogues délectables et de la construction intelligente de la trame narrative. 

Créée par l’acteur et journaliste Maxime Beauregard-Martin, la pièce est le fruit de longues réflexions amorcées au début des années 2010. Alors collaborateur au magazine Urbania, le jeune homme est en quête d’un sujet pour un article. On lui raconte à ce moment que Thérèse Drago, une octogénaire colorée aux pratiques hors normes, a longtemps tenu un bordel sur la rue Cartier et géré plusieurs bars clandestins dans le même secteur. Curieux, l’acteur parvient à entrer en contact avec l’intrigante dame, trouvant l’inspiration voulue.  

Si l’article prévu n’a jamais été publié, une pièce de théâtre voit le jour quelques années plus tard. Initialement présentée à Premier Acte au printemps 2016, la création de Beauregard-Martin oscille entre le documentaire et l’autofiction. L’auteur raconte en fait ses propres rencontres avec Thérèse Drago, son émerveillement devant la découverte d’une muse et les jours glorieux des diverses institutions que Drago a dirigées. Maryse Lapierre signe la mise en scène de la pièce; Marie-Ginette Guay incarne le rôle de Drago (rebaptisée Mme G.). Son interprétation lui a d’ailleurs permis de rafler le Prix d’interprétation féminine de l’Association québécoise des critiques de théâtre.  

Un spectacle envoûtant et bien construit  

Dès les toutes premières minutes de la représentation, l’univers de Beauregard-Martin nous convainc et nous envoûte. Pourtant, le décor semble d’emblée un peu trop minimaliste et manque d’éclat. Il se révèle toutefois très malléable. En déplaçant simplement un piano, un lit, quelques tableaux et caisses de bière, on passe de l’appartement niché dans un sous-sol qu’occupe Mme G. au bordel La Grande Hermine. On est aussi transporté dans les bars clandestins plantés ici et là dans Montcalm et dans le studio où l’auteur monte sa pièce et vit ses angoisses dévorantes de créateur incertain. Or, l’absence de longs changements de scène confère un rythme soutenu à la pièce : on ne s’ennuie pas une seconde pendant les 1 h 45 minutes que dure le tout. L’amalgame entre les scènes de la vie de l’auteur, les rencontres avec Mme G. et les retours dans le passé crée de fait un tout dynamique et enthousiasmant. Les quelques chansons, intégrées à des endroits judicieux, se révèlent quant à elles un ajout à la fois émouvant et vivifiant : elles instillent une bonne humeur palpable dans la salle.  

La remarquable versatilité des acteurs  

Ce dont on se souvient principalement a posteriori, c’est l’incroyable performance de Marie-Ginette Guay. On comprend aisément pourquoi cette dernière a reçu son prestigieux prix. Il est facile de craquer pour l’autorité bienveillante, les expressions galvaudées, la voix éraillée, l’éternelle jaquette et l’optimisme contagieux de son personnage qu’elle incarne avec aplomb, sensibilité et vigueur. Il faut également souligner le talent des autres acteurs et leur capacité à se réinventer : ils occupent tous plusieurs rôles variés, et on adhère à toutes leurs incarnations avec entrain.  

Si Mme G. se dit « fière pet » de sa vie, la troupe d’acteurs talentueux et versatiles peuvent être sans la moins hésitation « fiers pet » de leur excellent travail. C’est ici un hommage mémorable qui est livré à la tenancière de bars ayant marqué les nuits de Montcalm pendant plusieurs décennies.