Une énième mise en scène de Molière ? Oui, et alors ? Parfois, les classiques ont plus de choses à dire sur notre époque que les pièces contemporaines.

Cyril Schreiber

Photo: courtoisie Vincent Champoux

C’est le cas du Misanthrope, sans doute le plus abouti des textes de Jean-Baptiste Poquelin. Pour sa première mise en scène de cet auteur, Jacques Leblanc s’est tourné vers la modernité : téléphones portables et iPad traversent les différents personnages, qui évoluent au son d’une musique électronique, branchée, devant un tableau contemporain de Michel Labbé, sous une verrière de forme postmoderne.

C’est que l’histoire et ses thématiques sont – malheureusement – on ne peut plus d’actualité : le courageux Alceste, envers et contre tous, se refuse à rentrer dans le jeu social, peuplé d’hypocrisie  et de mensonges selon lui, et préfère plutôt user de franchise et d’honnêteté envers les autres. Sauf peut-être Célimène, élue de son cœur, qui incarne pourtant tout ce qu’il déteste.

Molière signe là un texte fin, précis, très bien ficelé en alexandrins étonnants, mais savoureux pour nos oreilles contemporaines, vers qui plus est parfaitement maîtrisés et rendus par l’ensemble de la distribution. Si, à ce titre, certains acteurs (et leurs personnages) sont peut-être un peu communs – on pense à Lucien Ratio et Nicola-Frank Vachon, respectivement Acaste et Clitandre –, Olivier Normand incarne un Alceste tout simplement sublime, parfois entouré des délicieux Réjean Vallée et Serge Bonin, et affrontant une Alexandrine Warren solide.

 

Alceste est vraiment l’élément miracle de la pièce : très humain, car ayant des valeurs tout autant que de la difficulté à défendre celles-ci, il préfèrera aller vivre reclus dans un désert plutôt que de céder à la tentation du jeu social. Plusieurs aimeraient être comme lui.

La mise en scène de Leblanc est efficace et va de pair avec le texte. On aurait cependant aimé un entracte quelque part – 1h50 d’un bloc, c’est long. Aussi, le directeur artistique de la Bordée use, dans une scène, de grosses ficelles théâtrales (éclairages, sons) pour souligner la métaphore de l’orage – on a connu plus original. Mais mis à part ces détails et quelques transitions parfois difficiles, Le misanthrope est, dans l’ensemble, de la haute voltige théâtrale dont on aurait tort de se priver, même les plus frileux spectateurs.

 

Quoi ? Le misanthrope

Qui ? Texte : Molière, mise en scène : Jacques Leblanc

Où ? Théâtre de la Bordée

Quand ? Jusqu’au 5 mai