Le comédien et metteur en scène Sylvain Scott, en explorant les textes de Réjean Ducharme mis en musique par Robert Charlebois, en est venu à créer Vincent, un sculpteur contemporain en peine d’amour et en panne d’inspiration. Il était de passage dans la capitale jeudi et vendredi dernier pour rejouer ce monologue à la fois sensible et inspirant.

Le danger du théâtre musical est que le chant succède à la parole sans raison valable frôlant ainsi avec le cliché, voire le quétaine. Qu’à cela ne tienne, Sylvain Scott est un habile auteur qui a su intégrer à merveille la poésie de Ducharme.

Malgré une voix qui n’est pas parfaitement contrôlée, le comédien nous offre une interprétation très juste et nuancée de la musique de Charlebois. Il faut souligner l’excellent travail des musiciens camouflés derrière des paravents: Benoît Landry, Sophie Desrosiers et Patrice Massicotte (guitare). «La présence des musiciens sur scène apporte un côté performance qui est vraiment intéressant», confiait après le spectacle l’arrangeur et directeur musical, Benoît Landry.

Les moments où le comédien module sa voix pour caricaturer et les messages téléphoniques de l’agent (voix de Daniel Leblanc) ponctuent avec beaucoup d’humour la crise existentielle du personnage.

Le décor de Nathalie Trépanier, un appartement encombré de rebuts servant aux créations de l’artiste, offre un superbe terrain de jeu à l’artiste. Le récit nous entraîne dans une magnifique réflexion sur la place de l’artiste, son rôle et son besoin d’équilibre entre cette force de création qui l’habite et le quotidien de la vie ordinaire. Pourtant, on aurait aimé voir le protagoniste s’enfoncer davantage, toucher le fond, baigner dans son vide intérieur afin que la scène où il retrouve l’inspiration prenne une dimension encore plus saisissante. Les chansons comme « Faudrait » et « J’veux d’l’amour »auraient alors pris une tangente encore plus passionnée. La vraie vie est ailleurs remplit tout de même le mandat souhaité par son créateur: susciter le goût du laisser-aller.