C’est avec fébrilité qu’Anne Émond présente au public québécois son dernier film, Nelly. Dans cette création, qui sera à l’affiche dès le 20 janvier, la cinéaste fait revivre Nelly Arcan, romancière décédée en 2009.

Originairement voué à devenir un biopic standard, ce film s’est transformé en une interprétation de la vie de Nelly Arcan (née Isabelle Fortier). En effet, après un an de rédaction du scénario initial, Anne Émond s’est vue complètement changer de cap. « J’ai trouvé ça tellement plate! J’ai recommencé plus librement et j’ai l’impression que c’est devenu plus vrai, même si c’est moins factuel. C’est plus proche de Nelly. Je pense qu’elle l’aimerait bien mieux, cette version-là. »

Cette proposition lui a donc permis d’orienter l’histoire autour de ce qui la fascinait particulièrement : la vie adulte de l’écrivaine. « Je ne voulais pas aller dans l’enfance, faire un film psychologisant de « c’est de la faute de l’éducation » », explique-t-elle.

Sources d’inspiration

À la manière de I’m Not There de Todd Haynes, Anne Émond divise Nelly en cinq personnages, tous brillamment interprétés par Mylène Mackay, à l’exception de l’adolescente, jouée par Milya Corbeil-Gauvreau.

La méticuleuse cinéaste s’est également nourrie du vécu d’autres femmes célèbres au destin tragique. Amy Winehouse, Sylvia Plath, Marylin Monroe, Dalida et Virginia Woolf viennent toutes tinter les diverses facettes du personnage tourmenté.

En ce sens, raconte Anne Émond, « pour les biens de la production, on avait notre amoureuse, qu’on appelait Amy; notre sex-symbol, c’était Marilyn; Virginia était dans son bureau et elle écrivait; la fille, c’était Isabelle et la prostituée, Cynthia. »

La réalisatrice a aussi parcouru plusieurs fois chacune de ses œuvres et rencontré bon nombre de ses proches, amis, collègues escortes, parents, ex-copains, psychanalyste, éditeur, etc., qui se sont confiés à elle. « Je leur ai montré que j’étais une vraie fan et que mon but n’était pas de les traîner dans la boue, au contraire. Ils ont été généreux, ils se sont ouverts à moi assez rapidement. »

Hommage à Isabelle Fortier

La cinéaste espère que ce film pourra rendre hommage à cette femme, qui en aura habité plus d’une. Sans même l’avoir rencontrée de son vivant, Anne Émond avoue s’être attachée à la romancière. « Moi, ça fait cinq ans que je suis avec elle, ça fait longtemps. Je me rends compte très bizarrement qu’on peut avoir de l’affection pour quelqu’un qu’on n’a jamais connu. C’est mon seul regret, j’aurais aimé la connaître. »

Pour l’instant, Nelly n’est pas passée inaperçue dans les festivals. Choisie pour faire partie du Canada top ten du très prestigieux Festival du film de Toronto, cette création reçoit déjà des demandes de l’étranger. Sachant que le public québécois a bien connu l’écrivaine, que ce soit par ses entrevues ou à travers ses romans, la pression est ressentie à la sortie de ce film. « J’espère qu’ils vont accepter que c’est un film qui soulève plus de questions qu’il donne de réponses. Ça fait partie du projet du film. J’espère aussi qu’ils vont se réintéresser au message qu’elle a porté très durement sur ses épaules toute sa vie et qu’on va relire ses livres », conclut la réalisatrice.