Des cadeaux à ne plus savoir qu’en faire, c’est bien, mais les Fêtes, c’est aussi un chapelet de moments bizarres en famille et d’âpres déceptions. On a tous eu un parent qui a bu un verre — ou quatre — de trop et qui s’est effondré, au retour d’une soirée, à côté de sa voiture. En prévision de tous ces instants uniques, voici un florilège de souvenirs pas très glorieux. 

Fun vert, Noël blanc (Paul Dubé)

Quand j’étais petit, ou plutôt quand je n’avais pas de barbe pantoute, mes parents ont eu l’idée de nous faire vivre un Noël vert. Un Noël su’l gazon si vous préférez. En pleine nuit, ma sœur et moi avons glorieusement fait des ronds de bave pendant le 8 heures de char nécessaire pour aller voir nos amis haligoniens (vous chercherez ce mot-là). Mes parents ont vite compris qu’il était plus simple de voyager la nuit que de calculer le trajet en Passe-Partout. (1 Passe-Partout = 30 minutes, donc 8h de char = beaucoup trop de Passe-Partout pour voyager de jour)

Cette année-là, la Nouvelle-Écosse a reçu quelque chose comme la plus grosse tempête de son histoire. C’est à peine si le monde là-bas avait des pelles. « Vous avez amené la neige dans vos bagages! »

Le 24 décembre au soir, tous les enfants furent couchés tôt, pour être réveillés plus tard. Quelque part dans la nuit, on entendit des pas venant du toit. Galopant jusqu’à la fenêtre, on a vu un homme barbu en habit rouge.

« C’est le père Noël …», a dit ma sœur, toute émerveillée. Souvenir impérissable de la magie de Noël.

Après plusieurs années de déni, nos parents nous ont finalement révélé à contre-cœur que c’était Albert, le père de la famille que nous allions voir, qui s’était déguisé, pour ensuite grimper sur le toit.

Joyeux Noël.

Noël Tonic (Nathan Murray)

Ce n’était pas au proverbial réveillon ni au traditionnel souper du 25 décembre, mais dans l’un de ces partys familiaux qui émaillent le marathon festif qui court entre Noël et le Jour de l’An. Mon oncle et ma tante nous recevaient ; nous devions « jouer à La Fureur », populaire émission de télévision animée par Véronique Cloutier. Je devais avoir six ou huit ans : avec la naïveté exigeante de mon jeune âge, je m’attendais à voir débarquer la blonde animatrice dans le sous-sol de mon oncle (le sous-sol « appartenait » à mon oncle, comme le salon à ma tante : rien de plus logique) accompagnée de ses danseurs et de toute sa quincaillerie sonore et lumineuse.

C’est vous dire ma déception lorsque j’ai réalisé que ce qui me semblait si excitant à la télé se réduisait en fait à de malheureuses cartes questions et à un mauvais CD rempli de chansons que je ne connaissais pas (non, il n’y avait pas de question sur Carmen Campagne). Je me réfugiai rapidement dans une bouderie hautaine, profondément ennuyé. Puis, avisant un verre d’eau abandonné, comme la pièce était surchauffée, j’en bus une énorme gorgée. Avant de m’étouffer devant mon oncle hilare, apparemment bien content de l’effet produit par son gin sur mon jeune œsophage. Ô, nuit de paix, ô, gorge en feu…

Le cadeau en or (Ariane Godbout)

Je m’en souviens comme si c’était hier. Il était là, sous le sapin. Un magnifique, gigantesque cadeau dont l’emballage doré faisait rêver la petite fille que j’étais alors. À un âge où l’on juge la qualité d’un présent proportionnellement à sa grosseur, je me considérais comme la plus chanceuse de toutes d’avoir mon nom écrit dessus. Ce don anonyme et l’incrédulité de mes parents devant l’apparition de ce cadeau mystérieux le 24 décembre me faisaient même croire qu’il s’agissait là d’un présent du Père Noël.

Quand j’ai enfin eu le droit de déballer le cadeau, j’ai retiré tranquillement l’emballage doré, ouvert les panneaux de la boîte avec précaution pour découvrir… une brosse à toilette, un nettoyant Duck et des sacs-poubelle. Il faut dire que dans la hiérarchie des tâches ménagères de la maison, j’étais la préposée au nettoyage des toilettes et à la collecte des ordures, et mes deux sœurs aînées n’ont pas manqué de me le rappeler ce jour-là. Malgré la déception momentanée, je leur dois au moins en partie mes poubelles vides, ma toilette propre… et un certain sens de l’humour !

Le centre de table (Isabelle Harton)

Ma chère Mamie, la plus douce des grands-mamans, possède, depuis très longtemps, une passion pour la décoration. Le temps des Fêtes est, pour elle, un moment privilégié de revisiter son style et d’innover en matière de centre de table.

Cette année-là, Mamie avait été inspirée par le dernier long-métrage de Disney, Bambi, et avait travaillé fort sur sa pièce maîtresse : un centre de table chandelier où était apposé un jeune chevreuil de plastique, entouré de ses amis de la forêt et d’une multitude de petits sapins artificiels, saupoudrés de fausse neige. C’était magnifique : elle s’était surpassée, comme toujours !

Tout le monde, surtout les enfants, était emballé par la présence de Bambi à table. Afin d’inaugurer son œuvre et de lancer le souper de Noël, elle alluma les deux bougies et nous nous installâmes. C’était délicieux, un de ces rares moments où la nourriture est si exquise que le temps s’écoule sans qu’on en ait conscience. Les chandelles, elles, finirent par se consumer et rencontrèrent les fines branches des sapins. Sans crier gare, le centre de table s’enflamma sous nos yeux ! Mon père agrippa le brasier de ses deux mains, ouvrit la porte de la véranda et l’expulsa sur le banc de neige où les flammes finirent de l’achever. Bambi et ses amis n’eurent aucune chance.