Dans une interprétation théâtrale du roman Novecento : pianiste d’Alessandro Baricco, le Théâtre Premier Acte présente jusqu’au 4 avril l’histoire d’un virtuose du piano vivant sur les mers.

Arthur Paquet

L’histoire raconte la vie de Novecento (Martin Lebrun), un orphelin retrouvé sur le pont du Virginian, un bateau de croisière transatlantique. Grandissant entre la salle des machines et la salle de spectacle, l’enfant se révèle très vite être un prodigieux pianiste, mais aussi un être particulièrement mystérieux. La pièce raconte son histoire à travers la lorgnette de son meilleur ami Tim (Simon Dépot), trompettiste sur le même navire. Ce dernier nous détaille les grands moments de la vie de Novecento ; un récital sur un piano valsant au milieu d’une tempête épouvantable ou encore un duel historique qui l’oppose à une sommité américaine du jazz.

Au-delà d’une bonne histoire, la pièce révèle la psychologie d’un personnage étrange. Comment comprendre que le pianiste n’a jamais même mis pied à terre? Ou encore, comment expliquer cette absence qui marque son visage lorsqu’il joue? C’est que Novecento s’effraie d’un monde infini, de ce foisonnement humain extraordinaire qui caractérise la terre. Il préfère vivre sur son navire et voyager au contact des milliers de passagers qu’il croise. Par ailleurs, au moyen des 88 touches de son piano, il parvient à approcher un autre infini en gardant pourtant un contrôle parfait.

Le tout est présenté dans un décor minimaliste, mais astucieux où la metteuse en scène, Geneviève Dionne, a su recréer l’ambiance du bateau et ses salles de spectacles survoltées. À ce chapitre, deux danseuses accompagnent les acteurs, tantôt au sol, tantôt accrochées au plafond. Elles habillent la pièce superbement en donnant forme au mouvement permanent de l’océan.

Les comédiens, quant à eux, présentent une interprétation honnête de la pièce, mais qui souffre quelques lacunes. Le ton apparaît quelquefois désincarné et titubant. On apprécie aussi les morceaux de piano de Lebrun, encore que ceux-ci apparaissent parfois mal maîtrisés et trop peu nombreux, difficultés particulièrement dissonantes pour une pièce qui traite d’un virtuose de la musique.

Cela dit, le texte du grand romancier italien Baricco rattrape beaucoup de choses. La langue simple et chantante nous entraîne dans une histoire surprenante non dépourvue de profondeur. Ça respire l’amour de la musique, l’amitié, le voyage et la mer, mais aussi la terrifiante disproportion de nature entre l’homme et le monde.