Avec la série Malphas, plusieurs se sont demandés quelle mouche mutante crétine a bien pu piquer l’auteur de thriller trash à succès. Senécal a-t-il fini par trop se lire ? En serait-il devenu fou ? Cette année, il boucle la boucle de sa série hors du commun avec son quatrième tome, Grande Liquidation, et raconte, en entrevue avec Impact Campus, sa vision sur cette longue plongée dans le monde de l’horreur… humoristique.

Comment expliquer une telle boutade ? Le maître de l’horreur, notre King de Stephen québécois, s’explique à la manière d’un enfant pris en faute d’un vol de jujubes : « C’est la première fois que j’écris un roman dans l’intention de faire rire. Ça faisait longtemps que j’avais eu du plaisir à écrire de même. » Et à la question, Why the f*** did you do that, Patrick ?, l’écrivain sourit de plus belle. « Je crois que j’ai eu peur de commencer à me répéter un peu. Alors je me suis dit : va donc voir ailleurs, si t’es là. Va donc voir si t’es encore capable de t’étonner toi-même. »

Plus sérieusement, l’écrivain poursuit en expliquant que son roman Hell.com a atteint un summum en ce qui concerne les scènes de violence et de sexe brutes et brutales. Senécal précise qu’il n’avait pas envie de continuer dans cette voie où il faut aller toujours plus loin, comme pour battre des records personnels de scènes « gores ». « J’avais besoin d’un nouveau défi, de me prouver que j’étais capable d’aller hors de ma zone de confort et que ce soit tout autant apprécié. »

L’artiste ne cache pas qu’il espérait bien avoir giflé quelques esprits avec ce style d’écriture inattendu : « Dans une trajectoire d’écrivain sérieux, j’arrive avec une série qui ne devrait pas exister. Il aurait fallu débuter par quelque chose du genre. On ne sort pas un tel truc de sa manche à 46 ans ! Mais ça, pour moi, c’est une preuve de liberté ».

Une liberté qui lui est chère et qui reste un des principaux moteurs à son inspiration impétueuse : « Ce dont je reste le plus fier dans cette série, c’est d’affirmer ma liberté en tant qu’écrivain. Je peux écrire ce que je veux et ne rendre de compte à personne. »

Véritable hommage aux séries B, Malphas semble à prime abord cibler les ados par son style épuré et son humour prépubère. Il n’en est rien ! Attention, ici, tantines et tontons, si vous prévoyez faire un cadeau d’Halloween à votre nièce de 13 ans, Grande Liquidation n’est peut-être pas la meilleure idée ! À moins, bien sûr, qu’elle se passionne pour les faces de jeunes filles à ce point boutonneuses qu’elles transforment les giclées de sperme en véritables cascades. Vous serez prévenus.

Fidèle à lui-même, l’auteur laisse complètement aller son imagination débordante d’obscénités plus drôles les unes que les autres, tout en réaffirmant sa maîtrise légendaire du storytelling qui vous entraîne 500 pages durant et pour des nuits entières.

Dans ce dernier tome, il va jusqu’à ramener un Printemps érable désacralisé et baveux à souhait aux portes du Cégep de Saint-Trailouin, pour le plus grand plaisir des ex-carrés rouges et militants pro-grève. S’ajoutent à cela, tout comme dans les tomes précédents, une multitude d’allusions sordides ou exquises en lien avec l’actualité québécoise que son protagoniste, Julien Sarkozy, crache à la gueule des clientes qui entrent dans sa librairie de livres usagés : « J’ai pas d’exemplaire de Fifty Shades of Grey parce que ce livre est à la littérature ce que Richard Martineau est au journalisme. »

Grandement inspiré par ses années de professeur au collégial, Senécal avoue avoir teinté sa série à succès d’une certaine nostalgie de l’enseignement. D’un autre côté, il est tout à fait impensable qu’un directeur de cégep ayant lu Malphas veuille désormais l’embaucher. L’auteur ne s’en soucie pas plus que du reste et demeure humble envers son œuvre, déclarant même sa fierté pour avoir réussi à terminer sa première série et, surtout, sa fierté à s’être rendu cette scène finale – tout à fait fantasque – qui lui aura traînée dans la tête durant près de 4 ans.

À savoir s’il s’agit bel et bien du dernier tome, Senécal balance sans hésiter que, contrairement à des émissions comme Lost – pour ne pas la nommer – cette série a su trouver une fin véritable et punchée. « Pas question de devenir un Jean-Pierre Ferland de la littérature ! », assure-t-il. D’ailleurs, que les fans « senécalois » se rassurent, l’auteur a été assez bon pour nous confier que s’il a laissé de côté le roman réaliste et les histoires noires à en mourir de peur, ce n’était que pour mieux revenir à ses premières amours.