En divisant par un nombre qui tend vers zéro, on obtient l’infini. En divisant par l’infini, on obtient un nombre qui tend vers zéro. En dehors du cadre mathématique, le groupe Zeroes — traduit par Suuns en thaï pour éviter les problèmes juridiques — entretient lui aussi une relation particulière avec l’infini.

Hugo Lafleur

Courtoisie : Claudy Rivard

Courtoisie : Claudy Rivard

Avec une lumière tamisée, la saturation importante des fréquences graves provoquait des vibrations perceptibles dans les vêtements et dans les corps. La transe collective qui suivait les battements de Suuns, le cœur de la soirée, unissait les esprits, transformant les individus en zéros qui formaient l’unité collective.

La musique de Suuns consiste en une judicieuse superposition de couches sonores. Le cœur de Suuns, Liam O’Neill, joue un dangereux rodéo avec sa batterie et assure une percussion doublée d’électronique qui impose dangereusement au public un rythme puissant et vital. Joe Yarmush ( basse ) « gargouille » une ligne qui ajoute une densité à l’atmosphère et empoigne quelques fois sa guitare et son slide pour offrir des lignes microtonales sulfureuses. Les vapeurs mystiques qui émanent de l’ensemble proviennent de Max Henry et de ses synthétiseurs qui assurent une circulation entre les éléments sonores des autres musiciens. La tête du groupe, Ben Shemie, joue de sa guitare planante et répète des mélodies minimalistes à l’ambitus restreint, par moments sur des notes répétées qui s’approchent d’un ton de récitation, nous amenant ailleurs avec sa monodie quasi religieuse.

Le groupe nous présentait Images du futur, leur nouvel album, composé en plein milieu du tumulte du printemps 2012. L’album n’a pas été composé en réaction au mouvement ou n’a pas été inspiré par les évènements, contrairement à Allelujah ! Don’t Bend ! Ascend ! de GYBE. Le groupe dit avoir baigné dans la situation, comme trame de fond, alors que la ville de Montréal était enflammée par les idéaux. Cet album est le résultat de création en studio, un procédé nouveau pour le groupe qui avait pris des pièces live existantes pour leur premier album. De leur propre aveu, la tournée de lancement de leur album marque la première représentation de ces pièces devant public. Alors qu’elles prennent vie, elles évoluent et se libèrent progressivement des formes figées sur l’album pour devenir des entités nouvelles; le résultat d’une symbiose avec un public très réceptif à leur rock minimaliste et hypnotique.

La connexion avec le public au Cercle nous a permis de découvrir le nouvel univers de Suuns, en continuité avec l’ancien, mais cette fois en amenant des aspects progressifs d’évolution; cette nouveauté est à l’image de l’ambivalence de leurs pièces, mêlant répétition et évolution. On pourrait dire que leur musique est une suite de zéros, intercalés d’unités : 0,1,0,1,0,1… La pulsation de l’univers dans l’image du futur.