Courtoisie, Vincent Champoux

Matthew Sheppard étudie le théâtre à l’Université du Wyoming, à Laramie. Le jeune homme, plutôt frêle, affiche ouvertement son homosexualité au sein de la communauté de 25 000 habitants. Il est apprécié, même si son orientation sexuelle provoque souvent l’inconfort, si ce n’est pire.

Nathan Murray


Un soir d’oc­tobre 1998, Matthew quitte le bar Le Fireside en compagnie de deux autres hommes. Il est re­trouvé, quelque dix-huit heures plus tard, attaché à une clôture à bétail. Matthew est ensanglanté, blessé : il a été férocement battu. Il mourra au bout de quelques jours, à l’hôpital.

Ce crime haineux est l’hor­rible fait divers qui a mené le Tectonic Theater Project de Moisés Kaufman au Projet La­ramie. Les membres de la troupe ont séjourné dans la petite ville, réalisant au-delà de deux cents entrevues avec les acteurs du drame et les habitants. Ces en­trevues forment le corps de la pièce, et s’enchaînent implaca­blement pendant près de deux heures vingt. Au fil des témoi­gnages se dessinent pour le spectateur non seulement la trame terrible des événements, mais surtout un état d’esprit, une atmosphère. Celle qui pèse sur Laramie ébranlée, traumatisée, envahie par les journalistes, devenue centre du monde bien malgré elle suite au meurtre de Matthew Sheppard. Alors même que les extraits d’entrevues s’accumulent et que les person­nages défilent et reviennent, la parole des habitants de Laramie fait son oeuvre : nul ne peut rester insensible alors que les contradictions, les faiblesses, les préjugés, mais aussi le cou­rage de cette communauté nous sont dévoilés.

OEuvre complexe, en appa­rence aride, Le projet Laramie se révèle porteur d’un souffle puissant qui ne s’épuise jamais. Réflexion bâtie de réflexions, témoignage construit de té­moignages, la pièce ébranle et émeut par son caractère franc, parfois dur. La mise en scène de Gill Champagne, parfaitement adaptée, nous offre un immense espace presque vide, si ce n’est un long écran à l’arrière. Les dix acteurs habitent la scène et ne la quittent jamais, enfilant devant nous leurs multiples identités, apportant dynamisme et intensité à cette pièce qui est sans doute l’une des meilleures produite par le Trident ces der­nières années.

Quoi : Le Projet Laramie

Qui : Texte de Moisés Kaufman et le Tectonic Theater Project, mise en scène de Gill Champagne

Quand : du 6 novembre au 1er décembre

Où : Théâtre du Trident