Une nouvelle maison d’édition de poésie voit le jour à Québec : Laetitia Beaumel fonde L’Écume.

Par Jessica Dufour, collaboratrice aux arts


Nombreux sont les artistes qui migrent vers Montréal. Foisonnant lieu de création, riche milieu d’échange et propice aux affaires, la métropole semble être l’endroit tout désigné pour une carrière artistique florissante. En résulte un exode rural : les régions sont peu à peu vidées de leurs créateurs et la Capitale-Nationale n’y fait pas exception. Mais n’est-il pas contradictoire d’avoir pour l’art une seule et même source, un seul et même point de vue, reflétant une seule et même réalité?

C’est, entre autres, pour contrer cet effet de centralisation que Laetitia Beaumel a décidé de fonder L’Écume, une maison d’édition se consacrant à la poésie : « même s’ils peuvent avoir de superbes antennes à Québec […], les gros groupes éditoriaux ont généralement leur siège social à Montréal. Je trouve ça important qu’en tant que ville littéraire de l’UNESCO dont la scène poétique est particulièrement active, Québec puisse compter des maisons d’édition de poésie sur son propre territoire.»

C’est en toute lucidité que L’Écume se lance dans « l’édition alternative ». Sa stratégie principale sera de contourner le distributeur afin de rejoindre son public, redistribuant ainsi les 20% de profit qui lui sont normalement attribués « notamment aux auteurs et autrices, qui en ont bien besoin » et sans qui « toute la chaîne du livre s’effondre ». Elle-même autrice, la fondatrice est particulièrement sensible à cette problématique, sans toutefois oublier ce qu’assumer le travail du distributeur représente et surtout le risque commercial impliqué. Elle misera donc sur la création de « partenariats privilégiés » avec des librairies, sur le « commerce en ligne » et sur « un positionnement social et environnemental fort ». La maison souhaite également « impliquer les auteurs et autrices dans le processus de création du livre, dont la facture sera unique pour chaque titre publié ».

L’Écume valorisera tant les « plumes d’exception reconnues par le milieu » que les « encres invisibles ». Elle se veut inclusive et plurielle, sauvage et verte.

« Je veux publier des voix fortes, timbrées, ouvertes. Je suis intéressée par tout ce qui bouillonne et fait rage, éclate, éclabousse, s’emballe et s’enthousiasme. »

Basées sur les saisons, les activités de la maison seront cycliques. De l’été naîtront des textes vifs, « dévor[ant] l’espace » alors que l’hiver couvera des voix plus douces, « des colères sourdes, des vers introspectifs ». Elle prévoit ainsi quatre lancements par année : un pour chaque solstice et équinoxe.

Pour sa première année de publication, la maison est présentement en appel de manuscrits. Madame Beaumel invite les poètes francophones de tous genres, de tous milieux et de toutes origines à lui soumettre un recueil à manuscrits@editionsdelecume.com.

Ayant plusieurs prix et publications à son actif, Laetitia Beaumel œuvre avec passion et dévouement dans le milieu littéraire de la région de Québec depuis quelques années, autant sur scène que dans l’ombre, notamment auprès de Joker Joker et en créant la résidence Nouaisons en Beauce. Elle est également doctorante et auxiliaire d’enseignement en création littéraire à l’Université Laval.