La plateforme Québec Spectacles était à peine lancée mercredi dernier qu’elle récoltait déjà son lot d’incompréhensions. En plus d’exclure certains lieux de diffusion, comme Le Cercle et l’Anti, le projet financé à hauteur de 900 000 $ d’argent public n’offre rien de nouveau.

« Québecspectacles.com, c’est pratiquement toute l’offre des arts de la scène des régions de Québec, Chaudière-Appalaches et Charlevoix », peut-on lire sur la page Facebook de ce nouveau portail culturel.

Un rapide coup d’œil sur le site permet de constater que « toute l’offre » n’y est pourtant pas. Le jour de sa mise en ligne, la plateforme excluait entre autres Le Cercle, l’Anti, le Capitole et l’Anglicane.

Interrogé jeudi dernier, Karl-Emmanuel Picard ne pouvait s’expliquer pourquoi l’Anti, dont il est co-propriétaire, avait été oublié : « Ce n’est peut-être pas de mauvaise foi, mais on est peut-être tombé dans les mailles du filet ».

Même son de cloche du côté du Cercle. « Je ne comprends pas pourquoi on n’a pas été approché, a déclaré son directeur du marketing Édouard Garneau au Soleil le jour du lancement. Notre équipe produit plus de 100 spectacles par année au Cercle, on devrait apparaître sur un répertoire de spectacles. »

« Ce qu’il fallait qu’on fasse, c’était de lancer la plateforme, explique la chargée de projet Isabelle Longpré à propos de l’offre incomplète du site. Par la suite, le comité va se rassembler et on va revoir le membership », actuellement réservé aux membres de l’Office de tourisme de Québec et du Conseil de la culture.

Quoi faire à Québec 2.0

Si son objectif était de valoriser la scène culturelle locale, la Ville manque sa cible, croit Édouard Garneau qui voit en Québec Spectacles une réplique de QuoifaireàQuébec.com.

« Il n’y a pas grande différence entre la vocation de Québec Spectacles et celle de notre site, constate Karl Boulanger, président de Quoi faire à Québec. Le but des deux plateformes est de promouvoir la culture et les évènements des principaux agents », en plus de permettre l’achat de billets en ligne. La seule différence notable réside dans l’offre de forfaits et de rabais à l’achat de spectacles, ce qui n’existe pas à l’heure actuelle sur Quoifaireàquébec.com.

En outre, dans un contexte où les revenus publicitaires sont en baisse, le jeune président s’imagine mal comment la nouvelle plateforme rentabilisera ses investissements. « Nous, en sept ans, on travaille encore très fort pour subvenir aux besoins de base du site », et ce, malgré la popularité dont jouit son portail.

Question de gros sous

La pertinence de Québec Spectacles est l’objet de plusieurs interrogations, d’autant que le projet a été financé par les contribuables. En trois ans, ce sont quelque 900 000 $ qui auront été nécessaires à son fonctionnement, dont 400 000 $ seulement pour la première année.

« Évidemment, ça nous dérange qu’il y ait 900 000 $ investis sur trois ans sur une plateforme qui n’aura pas une vocation complémentaire à Quoi faire à Québec, déclare Karl Boulanger. On peut utiliser nos fonds publics pour autre chose que dupliquer l’information évènementielle et culturelle. »

Ces fonds auraient pu être investis de sorte à en faire bénéficier toute la scène culturelle, expose Édouard Garneau. « 900 000 $ d’investissements publics dans le marketing de spectacles, tout le monde aurait pu avoir besoin de ça », lance celui qui suggère notamment l’octroi de subventions à l’entreprise.

Travailler de concert

Malgré leurs doléances, les intervenants espèrent pouvoir collaborer avec l’équipe de Québec Spectacles, ce dont témoignent les démarches entreprises par Le Cercle et l’Anti.

Après que des discussions aient eu lieu entre les deux parties vendredi, la programmation du Cercle était finalement intégrée à la plateforme vendredi avant-midi. Quant à l’Anti, un premier contact a déjà été fait, confirme Karl-Emmanuel Picard.

« On aime croire que la Ville va accepter de nous entendre afin qu’on puisse trouver une manière de travailler ensemble », espère Karl Boulanger. « À la limite, ils pourraient utiliser notre contenu et nous créditer. Nous, on le fait déjà », propose-t-il.

Une rencontre entre lui et Mme Longpré serait d’ailleurs prévue dans les prochaines semaines. Cette dernière confirme la volonté du comité derrière Québec Spectacle de collaborer avec les diffuseurs intéressés. « On vous demande juste de nous laisser travailler sur tout le développement. C’est un processus qui va évoluer, c’est certain. »

Québec Spectacles est né de la volonté de pallier les éventuelles répercussions du Centre Vidéotron sur la vie culturelle de la Capitale. Il est le fruit de consultations ayant eu lieu entre des diffuseurs et la Ville lors du colloque Vision Culture 2025, en septembre dernier.

Qui manque à l’appel ?

En comparant l’offre culturelle de la plateforme à celle de Quoi faire à Québec, Impact Campus a constaté que la première était incomplète. En plus des salles déjà mentionnés, il y manque plusieurs bars, lieux et activités.

  • Les musées (Musée de la Civilisation, Musée des Beaux-Arts, etc.)
  • Le Sacrilège
  • Coopérative Méduse
  • Premier Acte
  • Envol et Macadam
  • La Source de la Martinière
  • Le Scanner
  • Le Pub Saint-Alexandre
  • Le Festival celtique de Québec
  • Les nombreuses soirées d’improvisation