29 novembre. « Art et corps », une soirée conférence-causerie organisée par le collectif Les Bourrasques avait lieu ce vendredi à la boulangerie Des Pains sur la planche dans le quartier Saint-Sauveur.

Par Jessica Dufour, journaliste collaboratrice

Animée par Alycia Dufour, la rencontre de quatre panellistes de domaines variés visait lier le corps et l’art sous toutes ses formes. Chacun.e a su, en abordant le sujet de façon très personnelle, soulever des interrogations, des pistes de réflexion quant à la pratique artistique et à son impact sur le corps, sur la perception que nous en avons, comme société, mais surtout en tant qu’artiste.

Professeur à l’Université Laval, Mattia Scarpulla nous a offert une séance de méditation guidée sur le thème du corps comme véhicule de création. Invitée à prendre conscience de chaque partie de son corps, la vingtaine de gens présents s’est prêtée à l’exercice les yeux fermés. La courte séance s’est close par une réflexion sur l’écriture : si l’on changeait l’identité, le sexe de nos personnages, qu’est-ce qui, dans notre écriture, se verrait transformer?

Maya Guy, étudiante à l’École de Danse de Québec nous a ensuite proposé une vision tout à fait poétique de voir le monde à travers la danse. Pour elle, la danse est partout. Elle est l’accès à la beauté par le corps, quel qu’il soit. Malgré la rigueur qu’elle exige et parfois même la violence, cette forme d’expression permet à l’artiste de s’imposer une discipline. La danse a aussi été abordée comme vecteur d’échange, permettant une proximité avec l’autre par le contact, et qui oblige, par le fait qu’elle s’exécute sur une scène, à puiser dans sa vulnérabilité pour l’exposer au public.

La coiffeuse et poète Plaquie Zion a dû remonter le cours de l’Histoire jusqu’à l’esclavage pour nous faire comprendre qu’il existe encore aujourd’hui une vision péjorative de la femme noire liée à sa peau, à la texture de ses cheveux. Dans l’exercice de sa profession, elle côtoie de nombreuses femmes qui éprouvent une gêne à se dévoiler au naturel et qui ont recours à des perruques ou à des foulards pour cacher leur chevelure. Elle encourage à s’affranchir de ce sentiment d’infériorité, soulignant la nécessité pour les jeunes filles d’avoir accès à un modèle de femme forte et fière de son apparence, de ses origines, de ses différences.

L’artiste visuel.le et poète, Laurence Caron-Castonguay nous a, quant à iel, parlé du corps comme canevas, comme instrument d’expression artistique et de son rapport à la nudité, notamment dans sa pratique de la photographie. Pour iel, les normes sont un choix: il faut s’y plier ou les rejeter. C’est évidemment cette deuxième attitude qu’iel nous enjoint à adopter. Dans sa pratique « transmédiatique », iel tente de briser les codes, de faire évoluer les traditions afin d’innover. Iel aime la beauté atypique et s’applique à la faire jaillir là où l’on s’y attend le moins.

Le collectif Les Bourrasques est formé de Laetitia Beaumel, Alycia Dufour, Sophie-Anne Landry, Marie-Josée Lépine et Sarah-Jane Ouellet. Ces femmes veulent « se réapproprier la parole sur le corps, se faire sujet et remettre en question les conventions établies par une exploration intime des limites de leur propre corps ». Le prochain événement du collectif prendra la forme d’un spectacle littéraire et corporel intitulé « Cosmogonie des corps ».