Une salle noire, deux projecteurs et huit hautparleurs. Le décor est mis pour une soirée de projection visant à faire réfléchir son public. Une cinquantaine de personnes sont d’ailleurs présentes à l’Oeil de Poisson pour l’occasion. Au menu, une réflexion moderne et artistique sur des questions géopolitiques complexes ralliant conflits et territoires.

L’Œil de Poisson et le centre d’art audio et électronique Avatar se sont regroupés pour offrir une soirée haute en couleur à la frontière du documentaire et de l’art. Pour l’occasion, le travail de deux artistes multidisciplinaires, Martin Bureau et François Martig, est présenté au public. Avec leurs trois courts-métrages, les artistes traitent d’enjeux sociétaux préoccupants dans différentes régions du monde.

D’ailleurs, la soirée se veut un prolongement de l’exposition Achromatopsie, présentée à L’Œil de Poisson. Cette exposition présente des œuvres variées d’artistes posant un regard sur des aspects oubliés ou ignorés du monde géopolitique et idéologique actuel en occident.

Voyage trouble en sol nord-irlandais

La soirée débute avec la présentation de deux courts-métrages de Martin Bureau. Dans 99 murs, le réalisateur québécois fait voyager les spectateurs dans une Irlande du Nord divisée par des murs prenant diverses formes. Depuis la fin des troubles civils en 1998, la ville de Belfast est divisée, créant une ségrégation entre protestant et catholique. Malgré la fin du conflit, les images présentées dans le court-métrage nous permettent de voir toute la tension et la crainte présente dans la capitale nord-irlandaise.

Le court-métrage Bonfires nous amène quant à lui le jour de la fête nationale des protestants. Le 2 juillet de chaque année, ceux-ci célèbrent la Bataille de la Boyne, marquant leurs victoires sur les catholiques en 1690. Pour l’occasion, d’énormes feux de joie sont bâtis partout dans leurs quartiers. Le documentaire nous permet de contempler le phénomène et de vivre, l’espace de quelques minutes, cette soirée enflammée et les conséquences parfois regrettables que celle-ci entraine.

Les deux œuvres de Bureau font partie du projet Les murs du désordre. Cette œuvre multidisciplinaire rallie œuvres artistiques, cinéma et recherche géopolitique. L’artiste, aidé de son fils et de la Chaire de recherche Raoul-Dandurand en étude stratégique et diplomatique de l’Université du Québec à Montréal (UQAM), explore la situation dans trois régions bien distinctes. Outre les murs nord-irlandais, Bureau se penche dans ce projet sur les cas d’Israël et de la frontière mexicano-américaine. Une fois complété, l’ensemble du travail de Martin Bureau se retrouvera sur internet.

Entre silence et dialogue

Le public a pu aussi assister au projet de François Martig, Varosha. Créé en 2016, le projet de l’artiste belge présente un dialogue de sourds entre deux nations. Se situant à la frontière de l’Orient et de l’Occident, l’ancienne station balnéaire de Varosha est encore ravagée par les cicatrices que lui a laissées l’invasion turque de 1974. Des témoignages et des images d’archive se chevauchent simultanément sur deux écrans se faisant face, donnant l’impression aux spectateurs d’assister à une discussion entre un passé trouble douloureux et un présent plus qu’incertain. Le documentaire accorde aussi une grande place au silence et à la tension. À de nombreuses reprises, des noirs et des silences sont insérés, représentant ce qui se passe sans être vu, ce qui est présent, mais ignoré. La prestation musicale de Martig fait quant à elle augmenter ou diminuer la tension ressentie par le spectateur.