Sur les divans face au comptoir, quelques garçons sont évachés, les yeux rivés sur Facebook ou Instagram, leurs visages rétroéclairés. Plus loin, la foule papote et attend, séparée en petits groupes perdus dans le brouillard mécanique devant la scène. Autour de 21 h 30, l’éclairage s’allume et trois jeunots montent en scène. Les regards de tous communient rapidement dans leur direction. Une guitare électrique envoie quelques accords grincheux et la nouvelle saison du Pantoum est lancée.

L’équipe du Pantoum a jalousement gardé pour elle le menu de la soirée. Un repas trois services, servi à l’aveugle, mais qui rempli néanmoins la salle à pleine capacité. Une centaine de personnes toutes prêtes à être surprises par la sélection musicale de cette nouvelle saison. Quelques dizaines de déçus sont même repoussés dans les escaliers, faute de place pour tous.

Nos trois jeunots du début forment Victime, un trio qui balance son punk sous la forme d’un rock bruyant et pénétrant, le tout accompagné d’une voix féminine mâchouillée. Le reste de la soirée est sous le signe du synthétiseur avec, tout d’abord, Landisles et leur son nostalgique qui rappelle les après-midi jeux vidéo sur le vieux Sega Genesis dans le sous-sol du troisième voisin, le tout accentué d’une pop électronique inspirée des années 80. C’est toutefois le troisième et dernier acte qui enflamme la soirée. Parfois lancinant, souvent vif, le son du groupe Bad Dylan fait appel aux percussions du Sud pour puncher un rythme électronique aux accents MIDI affirmés.

La foule saute partout. Même les quelques gars blasés au fond finissent par hocher de la tête et battre la mesure de leurs pieds. Après un été de vacances, la modeste salle se réveille enfin, sortant de sa torpeur et fin prête pour une nouvelle saison de découvertes musicales.

L’énergie de la trâlée de spectateurs, en particulier durant la performance de Bad Dylan, fait trembler le plancher. Devant tant d’enthousiasme, l’éternel rabat-joie ne peut s’empêcher de s’imaginer que tout cela ne peut pas durer. Paraît en effet, que c’est le genre d’énergie qui finit par nous glisser des doigts, qui se dissipe tranquillement au moment où on vieillit et qu’on s’hypothèque en REER et en banlieue.

On peut toujours se rassurer parce que le souvenir de ces longues soirées surchauffées dans l’appartement de cette bande de crinqués n’est pas prêt de s’effacer. Dans plusieurs années, les drones que nous serons devenus entendront peut-être une chanson de Bad Dylan à la radio. Bien assis dans le trafic, habillés comme le siège de nos autos, en attendant d’emprunter le troisième lien, la nostalgie nous redonnera certainement un peu de l’énergie de nos vingt ans.