Rassemblées dans la cuisine familiale, trois générations de femme discutent. On réalise alors que la grand-mère, celle qui possède des livres de cuisine à l’excès, qui représente l’excellence culinaire de la famille, a oublié comment cuisiner son fameux renversé à l’ananas. Cette dernière fait face à sa propre perte d’autonomie, et sa descendance, quant à elle, à la peur de perdre un proche. Cependant, elles sont toutes confrontées à la difficulté d’être mère, d’être fille, d’être femme. La pièce Renversé à l’ananas est présentée jusqu’au 9 octobre 2021 au théâtre Premier acte.

Par Sophie Chouinard, journaliste collaboratrice

Texte et mise en scène : Catherine Côté | Distribution : Véronique Aubut, Valérie Boutin, Sylvie Cantin, Linda Laplante et Nathalie Séguin | Production : Mon père est mort

En une heure et quarante minutes, cette pièce réussit d’abord à faire rire le ou la spectateur.trice à multiple reprises, avec un humour léger et sans mesquinerie. Il est aisé pour l’audience de s’identifier à l’œuvre, notamment grâce aux références culinaires réconfortantes. On s’y remémore les vieilles recettes traditionnelles et les soupers de famille accompagnés d’une bonne bouteille de vin. De plus, avec ses personnages vraisemblables, Renversé à l’ananas plonge le public dans un univers criant de vérité, qui donne accès aux liens familiaux dans toute sa complexité, avec ses joies, ses conflits, ses drames et surtout avec son amour inconditionnel.

La pièce écrite et mise en scène par Catherine Côté est aussi empreinte d’un féminisme mis de l’avant avec intelligence, en donnant à chaque personnage l’occasion de s’exprimer sur différents enjeux. D’ailleurs, le choix d’impliquer des femmes de différentes générations sur scène apporte beaucoup à la pièce. Les différences d’âge emmenant des différences de perception, la place de la femme en cuisine est redéfinie avec brio, sans oublier l’hommage qui se doit d’être rendu à celles qui ont cuisiné pour leurs proches toute leur vie.

En ce qui concerne l’espace scénique, il faut bien souligner son organisation efficace pour garder la pièce captivante. L’ambiance est chaleureuse, comme celle qu’on retrouve dans une véritable maison où l’on fait cuire une dinde, un pouding chômeur, un gâteau sans gluten ou un renversé à l’ananas. De plus, l’abondance des accessoires du quotidien, qui témoigne d’un grand travail, apporte un réalisme à la pièce. Un.e spectateur.trice attentif.ve sera probablement en mesure de reconnaître quelques-uns des nombreux livres de recette qui sont utilisés lors de la représentation.

Il s’agit somme toute d’une pièce assez simple, mais riche à la fois. Elle est idéale pour celui ou celle qui souhaite se divertir sans glisser dans un univers trop abstrait.

Crédits photo: David Mendoza Hélaine