Assis en face de moi dans le fond du Café Babylone, Alexandre Désilets attend que son thé infuse. Nous commençons à discuter. Sa voix est tellement douce et feutrée que je me demande si le petit magnétophone placé sur la table qui nous sépare ne captera pas que le blues qui émane des enceintes placées tout près. Tellement, que je demande à ce que l’on baisse le son.

Le deuxième album qu’il lance le jour même marque une évolution pour lui. Comme il l’explique, ce n’est pas un virage de 180 degrés, même s’il est plus rythmé que planant. «Quand je suis arrivé avec mes nouvelles compos et qu’on (lui et le réalisateur Jean Massicotte) a essayé de transposer ça avec le même genre d’arrangement que l’album précédent, ça ne collait pas. On s’est demandé comment on pouvait amener ça ailleurs et faire une espèce de pop, mais vraiment réinventée, un peu plus éclatée.»

Le son de Désilets a évolué depuis l’album Escalader l’ivresse, tout comme sa méthode de composition. Avant, la musique venait en même temps que les textes, alors que pour La garde, les mélodies ont été pensées avant les mots. «Je voulais absolument partir de la mélodie. Je voulais carrément composer, puis écrire un texte sur mesure sur cette mélodie-là. Le piétage était hyper compté. Les sonorités étaient suggérées aussi. On n’avait pas tant de jeu que ça, il fallait un texte qui allait coller à l’ambiance.»

L’écriture des paroles en tandem avec Mathieu Leclerc a été un travail de longue haleine de plus de quatre mois. «Il y a certaines chansons que j’ai laissées de côté parce que je trouvais que les textes que je mettais dessus n’étaient pas intéressants. Effectivement, les mots que tu peux choisir sont limités, mais le texte n’en souffre pas nécessairement. Le casse-tête est plus gros, mais il y a moyen de le faire.»

En plus de la musique, Désilets avait déjà enregistré des pistes dites de «yaourt» avant de s’attaquer aux textes. «Souvent, je vais prendre un livre de poésie et je vais faire aléatoirement des trucs, ce que l’on appelle du “yaourt”. Je peux prendre une journée pour poser une piste de voix qui utilise un langage inventé et qui inspire quelque chose. C’est difficile, parce que quand tu vas trop loin dans la suggestion, tu n’arrives plus à en sortir, à faire abstraction du mot que tu sembles entendre.»

La garde, qui ne fait que 36 minutes et des poussières, est assez court. Un choix qui n’a pas été fait au hasard. «C’est pas parce qu’on manquait de chansons. Parfois, je trouve que des albums n’ont que quatre ou cinq bonnes chansons. On en rajoute quatre ou cinq, juste pour faire quarante-cinq minutes, une heure. Ça m’énerve», indique-t-il.