Le succès de son Petit Love laissait vivement attendre le lancement de son dernier album, vendredi dernier au Cercle. Deux mois d’attente, avec un bon, mais maigre EP, auront été beaucoup trop longs. En cette période où la romance est à l’honneur, le rappeur de Saint-Eustache reprend le Love Suprême.  

Depuis son premier album en 2008 et sa battle légendaire au WordUP4! en 2010, l’ascension de Koriass au hall of fame du rap queb s’impose majestueusement. Blogueur au magazine Urbania, il y publie des billets à saveur personnelle, en réponse à des sujets d’actualité, depuis janvier 2015.

Acteur important de la défense de la culture rap et voix nouvelle du féminisme, c’est avec tous ses titres glorieux qu’il se présente sur les planches avec un masque de chat pour reprendre le Love Suprême d’un patrimoine riche en verses métissées.

Le rap queb à Québec

Photo : Danika Valade

Photo : Danika Valade

Autour de la scène intime du Cercle s’entassait vendredi un jeune public, prêt à entendre la continuité d’un projet assumé. La soirée est lancée avec Leader et Légendaire. Il présente ses flows les plus populaires comme Tséveudire, Enfant de l’asphalte et La mort de Manu (Garde ta job), tout en défilant ses nouvelles pistes. L’assistance réagit bien à ce nouveau son.

Avec Brown en première partie, composé de Snail Kid (Dead Obies), Jam (K6A, Alaclair) et Robin Kerr, le Cercle regorgeait d’artistes engagés envers le mouvement hip-hop québécois. Lary Kidd et Loud (Loud Lary Ajust) de même que Sabrina Halde (Groenland) étaient aussi présents afin d’interpréter leur collaboration avec le rappeur.

Love and Hate Suprême

« Love Suprême, c’est une quête d’approbation, d’obtenir l’amour à tout prix, des fans et des gens autour de moi, lance Koriass en entrevue avec Impact Campus deux jours avant le lancement. C’est une remise en question d’un personnage arrogant qui tente de devenir légendaire. » Mais c’est aussi cette sagesse qui s’installe dans la musique du rappeur.

Photo : Danika Valade

Photo : Danika Valade

Il rapporte avec finesse les enjeux auxquels il a été confronté en s’aventurant « à la recherche du love suprême/quête d’amour et de gloire ».

Amoureux des interludes, Koriass a choisi de se faire constamment « remettre à sa place » dans cet album par le Hate Suprême, personnifié par Gilbert Sicotte. Impression vocale de la pression sociale qui provient d’un peu tout le monde.

À chaque fois que le rappeur de Saint-Eustache se trouve trop bon, l’interlude correcteur intervient : « Regarde ce que t’es devenu, un homme invisible, un coup de vent, t’ouvres la porte pis on te voit plus » (Hate Suprême #4). Ces paroles expriment la peur liée au risque et à l’échec. « On peut voir ça comme l’expression d’une voix de conscience », explique-t-il.

Cette voix de conscience, on la retrouve aussi dans la pièce Blacklights, texte qui répond à un billet du même nom publié le 30 avril 2015 sur Urbania où il exprime le regret de ne pas avoir assumé son rôle et devoir auprès d’une amie dans le besoin. « Mais j’évite de regarder dans l’eau, sachant que je suis impuissant à la vue de mon amie qui coule au fond, déjà beaucoup trop tard pour lui tendre la main », écrivait-il alors.

Dans la piste éponyme, Koriass manifeste douleur et impuissance. « La chanson Blacklights parle vraiment des regrets, par rapport à mon impression de l’avoir abandonnée. Je ne pense pas l’avoir laissée tomber, on s’est seulement perdu de vue », admet-il.

Papa rappeur

Photo : Danika Valade

Photo : Danika Valade

Dans ce quatrième opus, la dualité entre rappeur et vie de famille est toujours présente. « J’mets toujours les couches pour la petite bien avant le kush pour les spliffs », répond-il au Hate Suprême dans Drive, titre qu’on retrouve pour la première fois dans Petit Love et qui revient dans Love Suprême.

« C’est certain que la vie d’artiste et la vie de famille peuvent clasher, surtout avec des enfants en bas âge, mais on arrive vraiment à bien le faire. Mais il n’y a pas juste ça. Il y a aussi la convoitise par les autres filles, ce n’est pas toujours facile ça non plus. » On pense ici à Jolies Filles, pièce écrite en collaboration avec Lary Kidd de Loud Lary Ajust.

Goût pour la réplique

La piste-maîtresse, Love Suprême, est la réponse à ces questions, qui se formule à la fois comme une critique de lui-même, des médias et celles que l’on retrouve sur les réseaux sociaux. « J’ai perdu qui chui vraiment pendant ma descente aux enfers/crier mon nom pour le monde/répandez mes cendres dans la mer/parce que ce soir le roi est mort/enlever le crown sur ma tête » : ces verses marquent la fin d’un personnage tinté de mépris.

Déchiré par la poursuite de son rêve et sa quête de popularité, Koriass conclut son œuvre et son lancement en affirmant tout de même sa position de leader et déclare qu’il n’a besoin de Rien d’autre que l’amour du public pour perpétuer son règne. « Je veux pouvoir continuer longtemps à faire de la musique, à faire ce que j’aime », entend-t-il, parce qu’après tout, côté popularité, c’est déjà gagné.

L’amour ne se fait pas seul. « Pour cet album-là, l’évolution principale est vraiment avec les gens avec qui j’ai travaillé. » Pour preuve, Petit Love et Love Suprême marquent une coréalisation avec Philippe Brault.

On observe aussi un tout nouveau visuel pour les vidéoclips avec la réalisation de Nicolas Archambault, qui s’attaquera bientôt à celui de Blacklights, à sortir au printemps.