De prime abord, le spectateur n'a d'autre choix que d'avoir de hautes attentes. Dans le fascicule distribué avant la pièce, on parle de l’œuvre comme d'une suite de contes québécois se déroulant dans un petit village presque oublié. Il va sans dire que ce genre de thème rappelle le très à la mode Fred Pellerin et autres émules. On a donc le réflexe d'entrer dans la salle avec une idée déjà faite sur le fond et la forme.

La pièce prend place à la gare de Saint-Duboutte, dans les années 30, où une demi-douzaine de personnages nous font le récit de leur petite histoire. Au travers de leurs épopées faisant voyager sur les deux rives du fleuve et bien au-delà, l'auteure caresse les thèmes qui colorent la culture québécoise. Du Diable aux bûcherons en passant par les esprits malfaisant, ces contes se fondent à des évènements historiques bien réels, renforçant leur crédibilité. L'Empress of Ireland, une des plus grandes tragédies du Saint-Laurent, sert même de trame de fond à l'histoire de l'un des personnages. Questionnée sur ses inspirations, Corinne Sévigny-Lévesque précise: «J'ai toujours aimé raconter des histoires lorsque j'étais monitrice dans un camp de jour. Ces contes ont tous été plus ou moins adaptés d'histoires que l'on racontait à nos jeunes. Certaines tiennent parfois même plus du fait divers que de la pure fantaisie».

Côté mise en scène, le travail a été réalisé avec brio. Le décor est à mi-chemin entre le minimalisme et le réalisme, les éléments étant majoritairement réutilisés au travers des différents contes. Les costumes et l'arrière-plan font revivre l'époque à merveille. La metteure en scène a aussi décidé de ne pas utiliser de musique ou d'effets sonores autres que ceux produits par les comédiens. L'harmonica de Mitémo Chevalier (alias Dr Dumoulin), des claquements de doigts et des chants viennent animer la pièce, ce qui renforce la facture «contes oraux» donnée à l’œuvre. Pour le bonheur des écolos, «les matériaux ont même tous étés recyclés», nous assure Mme Sévigny-Lévesque.

Il est important de souligner la participation des acteurs dans le texte. Corinne a laissé beaucoup de latitude à ses collaborateurs pour modifier leurs répliques. Ceux-ci ont confirmé la chose, avouant être beaucoup plus à l'aise avec des textes qui leur ressemblent, compte tenu de la lourdeur de certains passages. Le récit est effectivement composé en grande partie de monologues, les personnages narrant leurs histoires d'un bout à l'autre. D'ailleurs, à l'image des contes oraux transmis à travers les générations, la pièce est différente. «Depuis qu'on y travaille, l'histoire a beaucoup changé, lance Corinne. On a même modifié la scène finale pendant la générale!»