Cette fois, avec sa compagnie Le Théâtre Péril, Lapointe se penche sur cette obsession  que nous avons de l’au-delà et réalise le rêve utopique de la communication avec les morts. La mort est d’ailleurs chez lui un thème central, puisque, comme il l’exprime souvent, « le sujet du théâtre est la vie, et donc le sujet du théâtre est la mort », le premier tabou de notre société et la seule fatalité qui touche tous les êtres humains.
Dans Sepsis, on se positionne dans la mort pour regarder la vie de manière rétrospective. Face au spectateur, six individualités, six cadavres proférant des monologues qui s’entrecoupent et s’entrechoquent. « Je cherche à faire apparaître les réseaux invisibles qui existent entre nous, en mettant des individualités au contact les unes des autres, et en les laissant dans leur individualité […] Ça parle des liens qui existent entre nous et qui nous échappent ». Ce réseau de liens, c’est au spectateur de le construire en reconstituant le casse-tête des mots énoncés par les acteurs et par leur double vidéo. C’est en effet dans une scénographie « installative » de transmission en direct et d’écrans vidéo que le metteur en scène a choisi de placer ses acteurs, à la fois présents et absents de la scène, derrière des caméras qui leur servent de masques.
L’écriture de la révélation
Pour Christian Lapointe, ce dernier volet du cycle est une opportunité de réunir les éléments rejetés de ses premiers travaux d’auteurs et de travailler son propre texte avec une plus grande liberté. « Ça me permet de travailler sur une esthétique de parole fragmentée que je ne retrouve pas souvent dans le répertoire et de créer avec une matière plus souple », affirme le metteur en scène à propos de son approche de l’écriture. « Quand j’écris je ne sais jamais qui parle, où ils sont et qui ils sont. C’est au travers de l’écriture scénique et de la création que j’arrive à le découvrir. Je révèle à moi-même ce que mon écriture contient ». À quelques jours de la première représentation, le créateur soutient qu’il reste encore des éléments qui lui échappent. Cette démarche, aussi stimulante que périlleuse, donne naissance à des œuvres qui ne font pas l’unanimité mais qui tentent chaque fois de repousser les limites du spectateur.

Quoi ? Sepsis
Qui ? Texte et mise en scène : Christian Lapointe
Où ? Salle Multi du Complexe Méduse
Quand ? Du 10 au 14 janvier

Crédit photo : Claudy Rivard