C’est devant un public plutôt nombreux et réceptif que se sont produits 7 talentueux artistes en slam et en humour. En cette soirée d’élections fédérales, le spectacle n’en aura pas été pénalisé. Au contraire, la foule était plus nombreuse qu’à la première édition, un mois auparavant: la petite salle du Maëlstrom accueillait une quarantaine de personnes pour l’occasion.

Par Jessica Dufour, journaliste collaboratrice

Dans le rôle de l’animateur, Michael Larraguibel ne peut éviter de parler des élections. Il informera le public du dépouillement des urnes au fil de la soirée. Pour sa performance, il aborde plusieurs sujets comme ses origines latines et la masculinité toxique. Comme il se spécialise en humour, son slam souffre un peu d’un manque d’aisance: il est davantage lu que clamé. On lui pardonne, appréciant l’effort qu’il fait de sortir de sa zone de confort pour nous divertir.

À titre de chroniqueur slam, le champion québécois (2018), Thomas Langlois prend rapidement ses aises. Dans une théâtralité retentissante, il déclame trois textes portant sur l’avortement, le divertissement et l’amour jetable qui semblent osciller entre expérience personnelle et critique sociale. Sa tentative en humour est un succès: loin de se gêner pour habiter son personnage de raptor en rugissant dans le micro, il déclenche des explosions de rires sincères.

C’est devant une foule bien réchauffée que s’installe Dhanaé Audet-Beaulieu. D’abord acteur, il est ensuite diplômé de l’École nationale de l’humour en 2017. Son aisance sur scène se traduit par ses expressions faciales et sa gestuelle. Vêtu d’une chemise hawaïenne, il parle de lui, de la marijuana, mais surtout de son écoanxiété. Son slam écologiste est bien construit, humoristique et bien livré. Il fait des rimes, des apartés et met les accents aux bonnes places.

La slammeuse Anaïs Palmers est la suivante. Sa thématique plutôt sentimentale offre une belle variante aux performances qui l’ont précédée. Sa voix se fait suave et, malgré quelques accrochages dans la prononciation de certains mots, elle installe une ambiance plus calme, plus intime. La foule, qui criait auparavant, s’est tue. Son silence s’harmonise au propos. Quelques sacres parsemés dans les textes font rire, mais le public se montre plus réservé.

Après un court entracte, Léo Coupal, déjà bien connu dans le milieu du slam, se fait bien recevoir. Ses textes intelligents, empreints de jeux de mots et appris par cœur sont rythmés par une gestuelle très présente. Il performe devant une foule attentive qui se délecte de ses paroles, laissant parfois échapper des soupirs d’approbation.

Quelques personnes quittent l’établissement après sa performance. Il reste une trentaine de spectateurs pour accueillir le chroniqueur humour de la soirée: Guillaume Baron. Son style un peu pince-sans-rire dérive vers l’absurde. Il laisse des blagues en suspens, s’amuse avec la foule qui ne peut s’empêcher de rire devant le ridicule. Ses haikus humoristiques, construits dans le respect des règles traditionnelles, sont une démarche originale.

Jessica Chartrand est la dernière à habiter la scène. C’est avec présence qu’elle livre au public des anecdotes liées au travail de livreuse. Elle va même jusqu’à donner un coup de pied pour illustrer ses propos. Elle trébuche un peu dans son slam, mais réussit à faire une belle montée. La soirée s’achève dans l’allégresse. Le public en a définitivement eu pour son argent.

Nées d’une collaboration entre Michael Larraguibel et Thomas Langlois, les Soirées Langue-à-langue ont lieu une fois par mois au Maelstrom dans le quartier Saint-Roch. Leur coût varie entre 8$ et 12$ de la pré-vente à la porte. Le concept est simple: réunir slam et humour sur une même scène. C’est dans le mélange des disciplines que réside le vrai défi, car avant de sortir de scène, les slammeurs doivent faire de l’humour et les humoristes, tenter le slam. La prochaine représentation aura lieu le 11 novembre 2019.

Crédit photo : Jessica Dufour