Metheny est reconnu comme étant l’un des plus créatifs et polyvalents guitaristes de l’histoire du jazz, ce qu’il a vite montré en début de spectacle, en interprétant quatre pièces solo avec sa guitare classique, sa 12 cordes, sa fameuse guitare Pikasso à 42 cordes et sa guitare électrique. Au terme de la pièce «Unity Village», de son premier album Bright Size Life, le rideau s’est levé pour révéler en arrière-scène le clou de la soirée, l’Orchestrion. Il s’agit d’un ensemble de quelques douzaines d’instruments robotisés dont les sons, par un système électronique avancé, sont actionnés par des pédales et les cordes de la guitare de Metheny. «Comment est-ce que ça fonctionne tout ça? C’est très compliqué, ça me prendrait deux heures pour tout vous expliquer», a-t-il lancé. À la place, le musicien a tenté de démystifier l’Orchestrion à l’aide d’improvisations qui ont vite fait réaliser le potentiel musical et performatif d’un tel dispositif.

«Cette idée remonte à mon enfance, alors que j’étais fasciné par le piano mécanique de mon grand-père. Depuis ce temps-là, je n’ai jamais oublié cet instrument et j’ai toujours voulu créer et diriger mon propre orchestre moderne. Ce projet, c’est un peu de propulser le overdub dans le 21e siècle» partage-t-il avec la foule. Flirtant avec la science-fiction et donnant des airs de savant fou, le jazzman a concrétisé son rêve il y a quelques années avec un ingénieur en robotique. Le résultat: son plus récent album ,Orchestrion, lancé sous l’étiquette Nonesuch Record, fait parfois oublier que l’on se trouve devant un orchestre de machines. Les compositions sont souvent denses, dramatiques et fluides.

En performance, l’effet est encore mieux et l’album prend vie. Pendant deux heures et demi, Metheny a partagé la scène avec pianos, marimba, vibraphone, basse, guitares, percussions, cymbales, orgues à bouteilles et accordéon. Il a également pigé dans son répertoire plus ancien en jouant entre autres deux ballades du très apprécié album Secret Story ainsi que les pièces «Broadway Blues» et «Offramp». Quelques rappels ont également satisfait la foule.

Pat Metheny ne manque pas d’audace et repousse encore une fois les limites de la performance et de l’improvisation solo en jazz. L’expérience audiovisuelle proposée par la tournée Orchestrion est concluante et fort impressionnante. Espérons toutefois que l’artiste prendra moins de temps avant de présenter à nouveau ses trouvailles au public de Québec.