Avant la visite des quelques pièces, le directeur artistique du festival, Émile Morin, a tenu à justifier ce qu’il recherchait en termes de «sonoptique»: «On fait une référence au cinéma, mais on crée surtout un espace puissant, avec les sons comme outils. Les installations sont faites de telle façon qu’on imagine un parcours, une histoire». En effet, lorsque le son est l’aspect principal des œuvres, la difficulté est de les isoler pour qu’elles puissent tout de même s’exprimer sans interférence.

Expériences personnelles

Si Émile Morin interprète ce qu’il souhaite du Mois Multi et ce qu’il espère de l’art pour le public, l’œuvre de Chris Salter est aussi un bon exemple. Just noticeable difference est en réalité une boîte où le spectateur vit une activité multisensorielle. Il est invité à y entrer seul et à s’y allonger dans le noir. La porte refermée, un programme démarre. L’artiste a voulu travailler sur les perceptions auditives et visuelles de l’humain, ainsi que sur ses limites. «C’est une expérience avec son propre corps. Nous ne sommes plus devant une œuvre, seul, à dire ‘‘j’aime’’ ou ‘‘j’aime pas’’. L’expérience ici est unique et varie d’une personne à une autre», explique le directeur artistique du Mois Multi.

Autre aspect avec la Québécoise Caroline Gagné, qui présente Cargo. Elle a voulu approcher les sons, révélateurs de la texture et de l’espace. «Je rêvais depuis toujours de partir en bateau, de filmer et faire une œuvre à partir de ça. Le monde a embarqué avec moi», a-t-elle raconté. Après le voyage, le gros du travail a été l’édition des sons, le travail sur la mise en espace et la vidéo. «Ce qui est le plus resté de la traversée, c’est la vibration. En écoutant les sons, il manquait de quoi!» L’artiste a donc installé, face à l’écran géant, une plate-forme avec des rambardes, le tout muni d’un système de vibration. «Il faut prendre place dans toute l’installation pour tout ressentir», explique celle-ci soucieuse de faire part du lieu que représente un cargo. 

Mouvement et sonoptique

Enfin, d’autres artistes se sont installés comme le Suisse Zimoun, avec ses sculptures cinétiques. Il extrait, grâce à des objets motorisés, la résonance de la matière organique. C’est une conception visant à provoquer des sensations grâce à de simples systèmes artificiels.

Les frères Décosterd (Michel et André) présentent Cycloïd-E: un immense pendule qui effectue des mouvements chaotiques dans l’espace. La vitesse peut être aléatoire, mais à chaque mouvement, un son est produit selon certaines harmonies. C’est une teinte musicale abstraite qui émane en fonction de la vitesse. «C’est une expérience acoustique en rapport avec l’espace et la résonance», explique l’aîné, André Décosterd. C’est sans oublier que l’installation est d’une envergure de 11 mètres.

Crédit photo : Claudy Rivard.