Du 12 février au 2 mars 2019, le Théâtre Niveau Parking (TNP) rallie le public de Québec à son exploration de l’histoire des domaines de l’aérospatiale et de l’aventure sous l’angle du féminin. La pièce s’articule autour du récit de quatre figures féminines : Valentina Terechkova, Jerrie Cobb, Alexandra David Neel et Emma, un personnage fictif de 35 ans qui s’inscrit dans un futur rapproché.

Impact Campus s’est entretenu avec Caroline Boucher Boudreau, co-autrice et co-metteure en scène du spectacle.

À la fin de l’année 2015, Caroline Boucher Boudreau éprouvait le désir de prendre une pause de quelques mois, qu’elle désigne a posteriori comme une «période d’incubation».

«Je caressais l’idée de faire un premier show, ma première création. J’attendais de trouver un sujet qui me donnerait envie d’écrire et de faire une mise en scène».

Le hasard l’a aiguillée vers l’histoire «passionnante» de la Russe Valentina Terechkova, la première femme à s’être rendue dans l’espace en 1963. Une idée a pris forme : celle de restituer aux femmes la place qui leur revient dans l’histoire de la conquête spatiale.

Le processus de création d’Astronettes a alors été mis en branle. S’est ensuivie la collision de grands esprits, générant une énergie créatrice et prolifique : Boucher Boudreau a ainsi souhaité s’adjoindre la flamboyante Marie-Josée Bastien, directrice artistique du TNP et figure omniprésente de la scène théâtrale. «Ça a donné lieu à une belle synchronicité des cerveaux. Ensemble, on a décrété que le spectacle serait consacré aux femmes dans la conquête spatiale, avec un recul dans l’histoire sur les femmes dans le domaine de l’aventure».

Une collaboration de longue date

La jeune créatrice n’en était d’ailleurs pas à sa première collaboration avec le TNP. À sa sortie du Conservatoire, elle a été impliquée dans le processus de création d’Act of God, l’un des succès les plus retentissants du TNP. Le processus en question s’est échelonné sur quelque trois ans. «C’est vraiment touchant…, explique Boucher Boudreau. C’est un honneur et un plaisir de faire partie de la programmation du TNP – à titre d’auteure et de metteure en scène –, parce que moi, c’est comme s’ils m’avaient fait grandir. Je me considère comme une enfant du Niveau Parking, même si je ne suis pas membre».

Pour ainsi dire, les méthodes de création du collectif ont façonné l’artiste qu’elle est devenue. Elles ont «nourri» ses instincts de créatrice et de comédienne.

Un goût marqué pour la création

Le penchant de Boucher Boudreau pour la création ne date pas d’hier. C’est d’ailleurs sur la base de l’intérêt de ses membres envers la création que la distribution a été formée. «Ce sont toutes des filles [la distribution ne compte qu’un homme] de leur époque, mais qui ont un goût pour la création. Et elles sont fonceuses : ce trait de personnalité est toujours très intéressant chez les comédiennes».

Celle-ci ont été impliquées tôt dans le processus, «conformément» aux façons de faire du TNP. Au printemps 2016, dans le cadre des Chantiers/Constructions artistiques, bien que l’exercice «d’improviser dans l’espace ne paraisse pas super facile» au premier abord, elles se sont prêtées à l’exercice. L’idée de travailler ainsi avec «les comédiens comme matière première» est chère à l’instigatrice du projet.

L’improvisation avec les actrices a permis d’identifier ce qui était «intéressant théâtralement». Par la suite, le contenu qui en a découlé a été réécrit et réorganisé. Enfin, deux autres laboratoires – tenus en juin, puis en septembre 2018 – ont agi à la manière d’un accélérateur : la structure dramatique a alors été retravaillée, les personnages ont été approfondis, leur courbe a été établie – bref, la structure du spectacle a été échafaudée. À présent, il ne reste plus que les derniers milles à franchir.

Un projet mené par de nombreuses personnes

Caroline Boucher Boudreau souligne le privilège que représente le fait de pétrir ainsi un projet «à sept paires de mains», du moins pendant certaines phases du projet. Le fait de les avoir impliquées tôt dans le processus a facilité le développement d’un sentiment d’appartenance. «Elles connaissent leur personnage… Ça apporte beaucoup au show».

Les quatre personnages autour desquelles pivote l’action d’Astronettess’inscrivent dans des époques différentes, reflétant d’ailleurs une certaine diversité qui caractérise la distribution. En effet, les actrices n’appartiennent pas toutes à la même génération : tandis que Mélissa Merlo a gradué en 2011, cela remonte à 1996 pour Véronika Makdissi-Warren. Boucher Boudreau d’ailleurs d’avis que le «show se prête bien à un partage d’expérience».

Seul le récit du personnage d’Emma se situe dans un «futur rapproché, en 2034- 2035. Ce choix témoigne de la volonté de «travailler l’anticipation, quoique c’est traité à la manière d’une archive, comme si son personnage faisait partie de l’histoire».

Un travail d’exploration de l’espace

La mise en scène est très dynamique, comportant une alternance rapide de tableaux courts. En outre, elle repose sur un travail au niveau de l’espace à la fois «temporel et spatial». Les créatrices avaient à l’esprit le fait d’opérer des «changements au niveau de la temporalité, et de travailler l’espace, la perte de gravité». La scénographe Amélie Trépanier a d’ailleurs été ralliée au projet très tôt afin de concevoir un «système», une «mécanique scénique permettant de voyager à travers les époques». L’utilisation de maquettes miniatures de même que la caméra live traduisent également cette volonté «d’amener le public ailleurs dans l’espace».

Le but était aussi de réduire le dispositif au minimum afin de faciliter les pérégrinations à travers les époques, et de ramener le théâtre à l’«essentiel».

«Même si ce sont des grands enjeux et des grands récits historiques, ça nous force à nous ramener à la base du théâtre. Ce qui est très poétique avec le théâtre, c’est de pouvoir changer d’un espace à l’autre facilement puis rapidement. Des mécaniques de base allant vraiment dans le jeu, dans la poésie et dans l’imaginaire.»

Une partie de l’équipement technique sera également disposé sur la scène, faisant allusion aux centres de commande liés au décollage d’une fusée. Quant à l’ambiance sonore, conçue par Stéphane Caron, elle concilie un côté «très ambiant – rappelant le vide intérieur, ou encore le vide de l’espace», sidéral – et un autre très «rythmé», à l’instar de contextes comme le décollage d’une navette.