Certes, la moyenne d’âge des fidèles de Susie Arioli n’est pas comparable à celle des lecteurs d’un journal étudiant. Cependant, ceux-ci gagneraient à découvrir le jazz feutré et nuancé de celle-là. Jeudi dernier, au Théâtre Petit Champlain, la musique était hypnotique: un contrebassiste cool (Bill Gossage), la caisse claire effleurée par les balais d’Arioli et le jeu de guitare rapide de l’impeccable Jordan Officer, son compagnon de scène et de studio depuis des lunes, n’accompagnaient pas tant la chanteuse qu’ils s’y tressaient. Plutôt que de restreindre les envolées mélodiques à ses moments de solo, Jordan Officer en profite pour descendre et monter sur la palissandre entre deux mots, étoffant les arrangements avec les choeurs parfois moqueurs des instrumentistes, tout de même gardés au strict minimum du trio de jazz.

Pour les spectateurs, il n’était pas du tout trop tôt pour entendre les hymnes des fêtes; «Oh! Vous êtes des softies sentimentals», s’est exclamée la jazzwoman avant d’enchaîner les «beautiful chansons» de son plus récent long-jeu, Christmas Dreaming. Parsemées de joyeux cabotinages et d’ennuis techniques (qui n’étaient, après tout, qu’un prétexte pour improviser quelques vers à l’intention d’Officer), les pièces aux accents folk, parfois country ou blues, se sont succédées sans redites ni baisses de régime. Le trio a interprété des airs tirés de Pennies from Heaven, de Learn To Smile Again et de Night Lights,  sans toutefois manquer de conclure la soirée avec une reprise de «Nuages» de Django Reinhardt à faire rougir ceux qui prennent le nom du dieu du jazz manouche en vain.

Le plaisir sur scène semblait partagé avec les fans, à qui Susie Arioli n’a pas manqué de faire une déclaration d’amour. C’est une petite foule conquise qui a quitté la salle où il ne manquait qu’un feu de foyer afin de parfaire le décor des chansons de Noël.