Le colloque « La relève en architecture : Ouss qu’on s’en va ? », organisé par les étudiants en architecture de l’Université Laval, a donné lieu à de vifs échanges sur la relation entre l’art et l’architecture. Quatre artistes et architectes étaient invités à réfléchir sur la question à l’occasion d’une table ronde samedi dernier.

Selon tous les invités, le nouveau pavillon Pierre Lassonde du Musée national des beaux-arts du Québec (MNBAQ) constitue un exemple parfait de la communion possible entre l’art et l’architecture. Malgré les différences entre les positions des conférenciers, l’artiste de renommée internationale, Samuel Roy-Bois résume bien l’esprit de la table-ronde. « L’architecture a le potentiel d’être un art et d’émouvoir, mais ne l’utilise pas toujours. » Le sujet, ouvert à l’interprétation, a suscité plus de questions que de réponses chez le public.


Les divergences

Si tant l’art que l’architecture témoignent de nos savoirs et de notre culture, l’artiste plasticien et architecte Richard Cloutier considère qu’il s’agit de deux champs distincts. « Dans les arts visuels, il y a une grande liberté que je n’arrivais pas à retrouver dans l’architecture, même si c’est un acte créatif absolument fascinant. C’est la mise en processus d’une commande et d’une fonction selon des contraintes. »

À l’opposé, l’architecte Claude Provencher affirme qu’on ne peut pas dissocier l’art de l’architecture et vice-versa. « L’important est la beauté et la qualité du paysage urbain global. » D’autres sont plus nuancés, comme Samuel Roy-Bois, pour qui l’architecture est plutôt un espace physique dans lequel l’art peut évoluer et s’inscrire.

Une démarche artistique singulière

Quant à l’artiste sculpteur, Jean-Pierre Morin, il adopte une pratique ambivalente. « Je ne m’occupe pas de la vocation de l’édifice, car celle-ci va changer durant sa vie. Ça choque souvent, mais je me soucie beaucoup de l’architecture : de la volumétrie, de l’orientation, de l’ensoleillement et de la circulation. »

Cette approche croisée se reflète aussi dans le travail de Richard Cloutier, à la fois artiste et architecte. « Dans l’art visuel, je travaille en 2D, mais j’aime bien l’idée d’y faire entrer l’espace 3D architectural. Je m’amuse à jouer avec des axes structuraux et des plans imaginaires. Ça ne marchera jamais, mais c’est porteur de possibilités. »

La transdisciplinarité

Mieux outillée qu’auparavant, la relève en architecture doit travailler en collaboration avec les disciplines transversales comme les arts visuels, le design et l’urbanisme. Au cours de la table ronde, les invités ont tous insisté sur le rôle pluridisciplinaire, collectif et engagé de l’artiste-architecte. Ces professionnels doivent évoluer ensemble, de la formation universitaire au marché du travail.

« Malheureusement, l’artiste est invité trop tard dans le processus de création d’un immeuble. Les projets sont déjà conçus. On demande à l’artiste de simplement ajouter quelque chose », s’indigne Samuel Roy-Bois.

Cependant, face à ce monde interconnecté, Richard Cloutier rappelle la spécificité des architectes. « C’est la matérialisation d’un espace, c’est ce qui nous distingue des artistes. On travaille sur le vide où les gens vont pouvoir habiter. Il faut en être conscients et fiers ».

Des réformes prometteuses

Pour le futur, Jean-Pierre Morin préconise un système moins compétitif qui ferait émerger de véritables talents. « Les architectes et les artistes sont toujours en concours. On devrait faire une sélection. Ça serait plus intéressant, car les artistes se retiennent, étant donné qu’ils savent ce que les autres font. »

Ayant collaboré avec la fonction publique au cours de sa carrière, Claude Provencher souhaite qu’un ministère de l’Architecture et de l’aménagement soit mis sur pied au Québec afin de mieux planifier la ville. « On va faire de vrais travaux. On est menés par des bureaucrates qui ne comprennent pas notre valeur et notre rôle dans la société », souligne-t-il. Ce nouvel organe mettrait de l’avant des idées créatives en matière d’urbanisme pour accompagner les ingénieurs.