À peine trois ans après ses débuts, Adib Alkhalidey présente cet automne son premier one-man-show, Je t’aime. Un spectacle « conscientisé », sans être nécessairement politique.

Martin Bonneau

Diplômé de l’École nationale de l’humour en 2010, le jeune humoriste avoue avoir de la difficulté à expliquer son succès si rapide, mis à part sa facilité à écrire du nouveau matériel, qui lui a permis de travailler sur plusieurs plateformes en même temps. C’est au fil de plusieurs collaborations qu’il s’est éventuellement fait encourager à préparer un spectacle solo. À partir de matériel déjà existant, Alkhalidey s’est appliqué à écrire de nouveaux textes « sans réfléchir si ça allait dans le spectacle », mais toujours dans le même état d’esprit. Une chose est sûre, malgré son jeune âge, cet humoriste connaît déjà les sujets dont il veut parler et sait comment il veut mener sa carrière.

Si l’écriture du spectacle semble s’être faite naturellement, l’interprétation a quant à elle nécessité une certaine adaptation pour passer du format de numéro de gala à un long spectacle solo. La présence de Martin Matte à la mise en scène a certainement aidé à le préparer, bien qu’il insiste pour dire que son coach ne lui a jamais imposé de façon de faire. Il lui a plutôt laissé assez de marge de manœuvre pour que le spectacle évolue de soir en soir : « Le stand-up c’est organique, il faut que ça puisse évoluer même si le texte est le même. » Matte l’a ainsi encadré tout en lui laissant la liberté nécessaire pour que le spectacle demeure personnel.

Un autre genre d’humour engagé

Alkhalidey semble avoir réfléchi longtemps au type d’humour qu’il voulait faire dans ce premier spectacle solo. Il dit ainsi tenir un propos et des réflexions à saveur sociale ou engagée, sans qu’on puisse pour autant y appliquer l’étiquette de show politisé : « Je voulais pas me faire avoir par “Adib, si tu veux être engagé, il faut que tu « namedrop » des politiciens puis que tu dises qu’ils sont corrompus.” Je trouve ça inintéressant. C’est plus intéressant de décortiquer notre mode de vie. » Il s’est ainsi plutôt intéressé aux relations interpersonnelles et aux façons par lesquelles nos actions peuvent avoir un impact sur la vie des gens qui nous entourent. « Je trouve que chaque citoyen est engagé dans la manière qu’il vit sa vie. »

Ce choix de ne pas faire directement de l’humour politisé relève aussi de la stratégie de carrière pour Alkhalidey qui dit vouloir éviter que le public s’attende à ce qu’il livre toujours ce genre de contenu. « Je n’aime pas l’étiquette “engagé”, je trouve ça plate. » Du même souffle, il ajoute que s’inscrire dans un carcan aussi précis aurait pu être bénéfique pour sa carrière à court terme, alors que le public aurait su à quoi s’attendre en allant le voir en spectacle. Il a cependant préféré faire le pari de développer un style plus difficile à définir, mais qui lui permet de demeurer imprévisible. « À long terme, je pense que c’est plus payant de bâtir mon identité autour de “Qu’est-ce qu’il va faire aujourd’hui?” plutôt que “Ah, il va encore parler de politique.” » Une stratégie bien réfléchie, à l’image de l’humoriste intelligent qui risque de faire parler de plus en plus de lui, autant pour ses blagues que pour la qualité de ses réflexions.