Dans le cadre de la 7e édition du festival littéraire Québec en toutes lettres, qui se déroulait cette année sous le thème du roman noir, Impact Campus a rencontré l’une de ses invités vedettes, l’auteure Chrystine Brouillet. Cette ancienne étudiante à l’Université Laval revient sur son parcours d’écrivaine.

Vous avez complété le baccalauréat en études littéraires à l’Université Laval. En quoi cela a-t-il influencé votre parcours?

J’ai pris un cours de création littéraire, c’est Denis Saint-Jacques qui était mon titulaire.  Je lui avais proposé d’écrire un roman policier et ce n’était pas du tout ce que je devais faire au départ.

À l’époque, j’avais 23 ans. Je me suis dit : si je veux que ça intéresse les gens, je vais écrire un roman policier. Donc je l’ai proposé à M. Saint-Jacques qui a accepté et, quand le roman a été terminé, il m’a dit que je devrais le proposer au prix Robert-Cliche. Il a eu une bonne idée, parce que j’ai gagné. Et c’était le début!

À quel moment avez-vous su que vous vouliez être écrivaine?

Quand j’avais 12 ans, j’avais dit à mon professeur de français que j’allais être écrivaine et que je lui dédierais mon premier roman. C’est ce que j’ai fait. Je l’ai appelé plus tard, devenue adulte. Je lui ai dit que mon roman allait sortir et que son nom allait être là. Il était surpris un peu.

Après plus de 50 romans publiés, comment voyez-vous votre évolution?

Moi, je ne sens pas cette évolution. J’écris encore plus dans le doute que depuis que j’ai commencé. Ce n’est pas parce que j’ai plus de métier que je me sens plus sûre de moi, au contraire. C’est toujours aussi difficile pour moi, sinon plus. Par contre, il y a des choix qui ont été heureux, par exemple le personnage de Maud Graham. Je ne pouvais pas prévoir qu’elle allait devenir un personnage récurrent et que les gens l’aimeraient autant. Pour moi, ça c’est un vrai cadeau de la vie. Je suis privilégiée d’avoir un public qui est très fidèle, même après toutes ces années.

Votre nouveau roman, Vrai ou Faux, est le 16e mettant en scène votre enquêteuse Maud Graham. En quoi le fait d’avoir un personnage principal récurrent a-t-il un impact sur le processus d’écriture?

C’est à double tranchant. C’est plus facile, parce que je la connais par cœur : sa famille, ses amis, tout son univers. Ça me permet d’avoir des intrigues qui sont compliquées, d’avoir plus de personnages autour, etc. Mais, en revanche, je suis bloquée, avec Maud. Je ne peux pas lui faire faire n’importe quoi. Elle est au crime contre la personne. Elle est à Québec, il y a des meurtres qui ne sont pas possibles ici. C’est une question de bon sens.

En même temps, j’aime être avec elle, je suis bien avec elle. On vieillit ensemble.

Qu’est-ce qui s’en vient pour Maud Graham? Pensez-vous continuer encore longtemps avec elle?

Oh, je ne la tuerais pas, quand même! (Rires) Je vais continuer avec Maud, mais c’est sûr que je prépare sa retraite. J’ai déjà un plan pour elle. Ce n’est pas pour tout de suite, mais je sais ce qui va se passer.

Déjà, au boulot, il y a des jeunes qui arrivent, il y a une relève. Il y a quelqu’un qui est parti à la retraite, un autre qui est décédé. C’est la vie, qui passe. Moi, ça fait 25-30 ans que je suis avec Maud Graham. Il s’en passe, des choses, en 30 ans.

En plus d’être écrivaine, vous êtes également chroniqueuse littéraire à Salut, Bonjour Weekend. Êtes-vous parfois portée à vous comparer aux auteurs dont vous parlez?

Je suis bon public. Moi, quand c’est bon, c’est bon. Je suis contente de lire un bon livre et de me dire « wow ». Quand je suis jalouse, je le dis en ondes : « j’aurais voulu avoir cette idée-là ». Mais c’est une saine jalousie. Je suis très fidèle aussi aux auteurs que j’aime.

Finalement, si vous aviez un conseil à donner à des jeunes écrivains de roman noir, que leur diriez-vous?

Lisez. Lisez du roman policier. Lisez de tous les genres, pas juste du Agatha Christie. Et lisez aussi des ouvrages sur l’écriture. On n’a pas la science infuse, ça ne vient pas comme ça. Quand vous avez des idées, écrivez-les sur un papier. Il faut aussi être curieux. Ce n’est pas un vilain défaut, la curiosité, mais une excellente qualité.