Jeudi soir dernier, le 16 septembre, avait lieu la première de la pièce Le meilleur des mondes au théâtre Le Trident. Mise en scène par Nancy Bernier, la pièce se basant sur le roman éponyme d’Aldous Huxley et publié en 1932 présente un univers dystopique un peu trop familier où les personnages cherchent désespérément le bonheur et la perfection, et ce, tout en étant étouffés par la montée sans précédent des technologies. Tour d’horizon.

Par Frédérik Dompierre-Beaulieu (elle), journaliste multimédia

Texte : Guillaume Corbeil | Mise en scène : Nancy Bernier | Distribution : David Bouchard, Ariane Bellavance-Fafard, Agnès Zacharie, Simon Lepage, Vincent Paquette, Sophie Thibeault | Production : Le Trident

Malgré la réception relativement positive du public et du bon moment passé lors de cette soirée, l’histoire en soi présente une lacune majeure et qui m’a tout de suite agacée: elle n’est pas particulièrement originale, et ce, malgré son adaptation quant aux divers développements depuis l’écriture de l’histoire initiale il y a presque 100 ans. Effectivement, il fallait s’attendre à une présence envahissante des technologies et des publicités ciblées – critique de la société actuelle assez facile à placer – mais rien de nouveau n’a réellement été apporté. L’entité presque omnisciente qu’est mon ami.e ressemble tout simplement aux Alexa et Siri de ce monde, en lui conférant toutefois cette capacité à être avec nous partout, n’importe quand, et pour n’importe quoi. En fait, les adeptes de la série télévisée The Good Place y reconnaîtront le personnage de Janet, concept qui avait déjà été exploité sous tous ses angles, les bons comme les moins bons. Même chose en ce qui concerne le système de pointage quant aux comportements considérés comme nuisant au bien social (haussez le ton en est un exemple parmi d’autres) et dont la hiérarchie abusive révèle son absurdité : il n’a fait que me rappeler un épisode de Black Mirror, alors que les personnages recevaient des notes s’ils étaient de « bonnes » personnes, et en perdaient s’ils étaient désagréables. On pourrait facilement dire que la pièce ne s’inspire pas des exemples nommés, mais bien l’inverse, en raison du fait que le roman lui-même date d’il y a quelques années déjà, mais cette manière de caricaturer l’invasion de l’État dans la sphère personnelle et intime de l’humain n’est pas choquante : c’est du déjà-vu. Plusieurs autres aspects, notamment l’accessibilité immédiate à tous nos souhaits et ce caractère « sans limites » donnaient lieu à des moments cocasses, mais clichés pour la plupart. Le seul côté qui m’a paru différent est la mise en scène de la renaissance du théâtre, dans un monde où les livres, le théâtre, et beaucoup d’émotions dites « non positives », qui peuvent naitre de l’art, entre autres, avaient été supprimées. Bref, la pièce montre hors de tout doute une déshumanisation, et l’utilisation du théâtre comme moyen de venir émouvoir m’a particulièrement plu. C’est un moment méta qui ressortait par rapport aux autres éléments, puisque pour moi, le fond de la pièce représentait du réchauffé.

L’autre point négatif serait clairement au niveau du fil conducteur et de la trame narrative du récit. Le début de la pièce, tout comme le synopsis, laissent croire que la rencontre de Bernard (David Bouchard), faisant partie de ce monde « parfait », et de Linda (Agnès Zacharie) et John (Vincent Paquette), venant de l’extérieur des murs, donnera lieu à une espèce de lutte de classes et viendra rompre l’équilibre. Cependant, les motivations des personnages sont plus ou moins claires, on change de focale et de quête en cours de route, donnant lieu à des moments de longueurs et enchaînant les « mais on s’en va où avec ça finalement? ».

Heureusement, l’excellente performance des comédien.nes et les punchs humoristiques des dialogues étaient suffisants pour bien captiver et faire oublier la toile de fond, faisant mieux progresser l’histoire et permettant au spectateur ou à la spectatrice de rester accroché.e malgré tout. D’ailleurs, il ne faudrait surtout pas oublier l’utilisation bien dosée des technologies en tant que telles sur scène, qui ne nuisaient définitivement pas à la pièce, ajoutant plutôt ce petit quelque chose.

Que retient-on donc de l’expérience? Que c’est grâce aux moyens mis en place et qui contrebalancent le récit en soi de manière plutôt agile – comédien.nes talentueux, audiovisuel, textes – que l’on ressort finalement relativement satisfait.es de cette soirée. Après tout, on n’a pas toujours besoin de réinventer la roue pour passer un bon moment.

*Le meilleur des mondes sera présenté au théâtre Le Trident jusqu’au 9 octobre prochain.