Courtoisie Les films Seville

Bernard Émond est sans aucun doute l’un des cinéastes québécois les plus marquants de la dernière décennie. Le vétéran réalisateur, auteur d’un cinéma austère et réflexif, parvient néanmoins à toucher l’âme des spectateurs, même lorsqu’il explore les sujets les plus profonds. Son nouveau film n’échappe pas à cette règle, mais ne parvient pas à atteindre la maestria de ses précédents longs-métrages.

Pour ce dernier film, Bernard Émond a renoué avec l’un de ses acteurs fétiches, Patrick Drolet. Le lauréat du Léopard d’or à Locarno (en 2005, pour La Neuvaine) y interprète Pierre Leduc, chargé de cours enseignant la littérature à l’Université Laval. L’homme traverse une profonde crise existentielle : solitaire et en rupture avec un monde qu’il juge vain, il quittera soudainement l’université pour se consacrer à la traduction de l’œuvre — belle, mais sombre et un brin déprimante — du poète polonais Edward Stachura. Pierre Leduc sera néanmoins arraché à sa réclusion volontaire par deux personnages qui viendront mettre à l’épreuve ses considérations morales. Tout d’abord son père (Gilles Renaud), homme d’affaires mourant, qui lui lègue une fortune de près de 50 millions de dollars — héritage que le jeune homme refusera, jugeant cet argent « mal acquis ». Ensuite sa fille (Willia Ferland-Tanguay, excellente), que Leduc a abandonnée avant même sa naissance et qui, maintenant adolescente et ayant découvert l’identité de son père, désire le connaître.

Au contact de sa fille, Pierre Leduc prendra conscience de sa propre solitude et du vide humain qui marque sa vie — un vide que ne sauraient combler les livres seuls. Ses questionnements et ses hésitations, de même que la réflexion qui les accompagne, se situent au cœur du propos. Émond nous offre un film sobre, gris à bien des égards, mais les rayons de lumière qui traversent cette grisaille n’en sont que plus éclatants.

Nathan Murray