Après le roman culte d’Irvine Welsh et la non moins culte adaptation filmique de Danny Boyle, ce n’est pas sans impatience que l’on attendait la première de la pièce Trainspotting.

Basée sur l’adaptation théâtrale d’Harry Gibson, dans une traduction de Wajdi Mouawad et une mise en scène de Marie-Hélène Gendreau (Tom à la ferme à la Bordée, 2011), les attentes étaient élevées. Surtout que la pièce avait connu un grand succès critique et populaire en 2013, à Premier Acte.

La pièce s’ouvre sur un quai de gare désaffecté, friche industrielle où les trains ne passeront plus, où même si un train passait, on ne songerait plus à le prendre. C’est le spectacle d’une génération désabusée, qui ne rêve plus de créer sa destinée qui va nous être présentée. Les décors campent bien l’idée d’abandon et sont d’une grande efficacité : lieu d’action, écran de projection et coulisses. Mais là où ils brillent le plus, c’est probablement sur le plan symbolique, celle d’une vie qui ne commencera jamais vraiment.

Côté mise en scène, un bon point pourrait être donné pour les scènes de « shoot » d’héroïne particulièrement intenses. Musicalement, s’il est difficile d’égaler l’immersion dans l’imaginaire d’une époque que nous offrait la piste sonore du film, l’expérience est ici assez réussie et soutient bien la mise en scène et le jeu des acteurs. Les animations projetées sur les décors aident aussi à produire un certain effet qui permet, consciemment ou non, de relier la pièce au style cinématographique de Boyle.

Toutefois, là où la pièce trébuche fortement, c’est dans son adaptation. L’action se déroule à Édimbourg, les références culturelles sont britanniques et écossaises, mais l’expression des personnages est québécoise « en tabarnak ». Peut-être aurait-il mieux valu ajouter quelques jurons typiquement anglophones qui nous sont communs, où ou simplement situer l’action dans la métropole et remplacer les références culturelles par des figures de la culture marginale du Québec.

La vulgarité, si importante dans cette œuvre, tombe dans le cliché facile de n’importe quelle pièce québécoise qui se veut crue.

Cette demi-adaptation géographique et culturelle décrédibilise et détourne l’attention du spectateur du propos de la pièce. C’est là le plus triste : la traduction de Mouawad n’est pas à la hauteur sur les points critiques de l’identification ou de la distanciation : on est trop près et trop loin à la fois, ou plutôt, nulle part. La vulgarité, si importante dans cette œuvre, tombe dans le cliché facile de n’importe quelle pièce québécoise qui se veut crue, et perd toute saveur spécifique.

De même certains choix sont douteux : trop de personnages pour le nombre d’acteurs, ce qui les dilue et leur fait perdre en consistance. Toujours plane l’ombre du film de Danny Boyle : là où fonctionnait très bien la présence d’un personnage-narrateur, au théâtre, cela crée d’affreuses longueurs. On nous raconte plutôt que de nous montrer.

Au final, le propos de Trainspotting reste encore actuel : le refus d’une jeunesse marginalisée de participer au grand cirque d’une société dans laquelle elle ne peut ni ne veut se reconnaître. Reste alors une fuite désespérée jusqu’à l’anéantissement dans l’enfer de l’héroïne.